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Tragi-comédie de la réserve parlementaire : la suppression d’une promesse de campagne et d’un système vanté par tous

par Dominique ALLAN MICHAUD

 

Une « intelligence collective, phénoménale » : ainsi a pu être défini le nouveau groupe politique majoritaire à l’Assemblée nationale, celui de la République en Marche ! (par un de ses députés, Bruno Bonnell). Une idée du candidat Emmanuel Macron, fondateur de ce mouvement, avait été de revoir régulièrement lois et règlementations afin d’en mesurer l’efficacité. La combinaison de cette idée et de cette intelligence ne pouvait que promettre beaucoup… comme la notion même de députés « expérimentaux » (jaillie d’un lapsus du porte-parole Christophe Castaner). Les premiers débats post-électoraux allaient faire plébisciter par le Parlement, toutes tendances confondues, un dispositif de financement des collectivités locales et des associations. Résultat : sa suppression a été votée… sans l’opposition de nombres de ses défenseurs ! Mais l’annulation telle qu’elle a été votée devrait être progressive… jusqu’au 1er janvier 2024. Peut-être une illustration de la « pensée complexe » (selon l’Elysée) du nouveau président.

MAINTENIR ET AMELIORER LA RESERVE PARLEMENTAIRE :
UN OBJECTIF DE CANDIDATS (REM) AUX LEGISLATIVES

Un certain nombre de candidats aux élections législatives de 2017 sous l’étiquette de la République en Marche ! (REM), se distinguèrent en prônant le maintien et l’amélioration du système de dotation connu sous le nom de réserve parlementaire… un système que des observateurs avait cru condamné par le candidat Macron. « En même temps » (pour reprendre un tic de langage de ce dernier), d’autres n’en faisaient pas mention.

Sans prétendre à une recension systématique et à une étude exhaustive, l’observation de professions de foi électorales présente à cet égard quelque intérêt. (Une observation forcément limitée car leur dépôt auprès du ministère de l’Intérieur prévoyait une possibilité de version informatisée… laquelle « n’est pas disponible en format numérique » sur le site spécialisé programme-candidats.gouv.fr.)

Première constatation, il y a un effort d’homogénéisation de la présentation, avec le plus souvent deux encadrés, l’un consacré à « Nos 10 engagements nationaux » et l’autre à « 5 priorités locales » : le maintien de la réserve parlementaire peut faire partie de ces dernières mais il arrive aussi que le document déroge, plus ou moins, selon le candidat et la circonscription, à une présentation type.

Le système de la réserve est présenté de façon plus ou moins détaillée ; c’est plus dans la profession de foi du candidat (battu) de la dixième circonscription de Seine-Saint-Denis, Billel Ouadah : une liste générale d’engagements prévoit entre autres de « répartir plus équitablement la réserve parlementaire du député (130 000 euros en moyenne) au tissu associatif de la circonscription et aux projets d’investissement des collectivités ». Le candidat (battu) de la sixième circonscription, Alexandre Aïdara, privilégie quant à lui un des bénéficiaires, son but étant de « financer durablement nos associations : elles recevront la majeure partie de ma réserve parlementaire et seront financées par un fonds de  »mécénat des entreprises » ». Pour un autre, Pierre-Alain Raphan qui sera élu député (REM) dans la dixième circonscription de l’Essonne, la précision est moindre, faisant plutôt penser aux collectivités : « La réserve parlementaire servira à financer des projets locaux. » L’objectif en fait était déjà atteint, un tract de son adversaire battu, le député sortant Malek Boutih, ayant répertorié avec des photographies en couleurs les projets locaux financés avec sa réserve parlementaire depuis sa première élection, des années auparavant. (Une liste impressionnante mais sans plus d’effet électoral que l’abandon de l’étiquette PS par ce candidat se réclamant de la majorité présidentielle et du président Macron.) Par contre, la méthode d’attribution promise est nouvelle : au moins « 50 % de ce budget sera voté par les habitants de la circonscription lors des réunions publiques » (Pierre-Alain Raphan). Mais la démocratisation envisagée de la répartition s’annonce radicalement différente selon les candidats. Elue dans la huitième circonscription de Paris, Laëtitia Avia prévoit de « consulter les citoyens pour l’attribution de la réserve parlementaire » (extrait de « Mon engagement auprès de vous ») ; pour Lionel Causse, élu dans la deuxième circonscription des Landes, par contre, ce serait aux élus et non aux électeurs de choisir : il promet de « confier à un comité d’élus locaux l’affectation des 120 000 euros annuels de la réserve parlementaire de manière transparente et démocratique » (extrait de « Nos engagements pour la circonscription »). Contrairement à celles et ceux qui distinguent dans leur programme deux éléments séparés, Pierre Person, élu dans la sixième circonscription de Paris, les relie avec la première de « Nos 5 priorités locales », intitulée « Un renouveau démocratique » : « Nous veillerons à l’application de la loi sur la moralisation de la vie politique et vous associerons à la répartition de la réserve parlementaire, enveloppe budgétaire destinée à subventionner les investissements de proximité et les activités menées par les associations locales. » Une curiosité, puisque la loi en question dans sa mouture présentée le 1er juin (soit dix jours avant le premier tour des législatives), comprenait la suppression de ce dispositif de dotation… Et pourtant le candidat se présente comme « conseiller politique d’Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle », ayant fondé dès juin 2015 le collectif des « Jeunes avec Macron ».

Divergence supplémentaire, la réserve parlementaire disparaîtra parfois de la profession de foi précédant le deuxième tour (celles de Pierre-Alain Raphan, de Laëtitia Avia). D’autres candidats ne s’engageaient pas au premier tour en faveur de la réserve parlementaire, même répartie autrement (ils n’en parlaient pas du tout). On peut en trouver des exemples en Corse-du-Sud : Maria Giudicelli (battue, première circonscription) ; en Haute-Vienne : Sophie Beaudoin-Hubière (élue, première circonscription), Jean-Baptiste Djebbari-Bonnet (élu, deuxième circonscription) ; dans l’Aude : Danièle Hérin (élue, première circonscription), Alain Perea (élu, deuxième circonscription) ; dans l’Ariège : Huguette Bertrand-Vinzerich (battue, deuxième circonscription), Jérôme Azéma (battu, première circonscription). A noter que ce dernier ne manque pas d’imagination, promettant le « droit au chômage pour tous »… y compris les fonctionnaires, ce dernier point ajoutant une touche de fantaisie au programme de la majorité présidentielle…

UN PROGRAMME OU
DES PROGRAMMES ?

Certains parleront d’amateurisme à propos de candidats en grand nombre novices dans la vie politique. Pour Alexandre Aïdara, après dix ans de travail dans le privé et dix dans le public, après quatorze ans au PS, le noviciat aurait pu sembler relatif mais l’enthousiasme et l’optimisme étaient restés intacts : « Notre puissance est sans limite pour changer nos vies et le monde. » Las ! Celui qui offrait aux électeurs d« être le lien direct avec le président de la République » sera battu par un candidat de La France Insoumise.

On pourrait conclure que ces douze candidats choisis de façon arbitraire ne sauraient constituer un échantillon représentatif, ne sauraient permettre de calculer un pourcentage significatif ; et que contradictions, bizarreries ou naïvetés peuvent toujours se rencontrer en petit nombre sur un grand nombre de cas (sans d’ailleurs avoir joué, probablement, le moindre rôle dans les résultats : deux battus sur six parmi les tenants de la réserve parlementaire, trois sur sept chez ceux qui n’en parlaient pas). C’est la vérité. Mais l’analyse, pour limitée qu’elle soit, n’est pas sans suggérer un climat, une incertitude, une indécision. Et il y a autre chose. Quel est le vrai programme ? Demandez le programme ! Tel le Bourgeois gentilhomme avec son maître de philosophie, le député de Paris Hugues Renson (REM) cherche « les diverses manières dont on (… ) peut mettre » quelques paroles bien senties, « bien arrangées comme il faut » pour affirmer que ce que fait le gourvernement est l’application du programme de Macron et de ses députés : « Nous avons dit précisément ce que nous allions faire », « notre programme est notre boussole », le « programme que nous appliquons aujourd’hui », « nous sommes là pour appliquer un programme qui a reçu l’onction des Français dans quatre élections » (FranceInfo,14/09/2017). Le même propos s’était trouvé, un peu moins redondant, dans les déclarations du porte-parole du groupe REM à l’Assemblée nationale, Stanislas Guérini : « Nous avons tout dit pendant les campagnes présidentielle et législative », « nous avons un mandat », « nous avons une cohésion très forte puisque nous avons présenté un progamme qui a une très forte cohérence » (Les Echos, journal et site, 04/09/2017). « Tout dit » ? Ne serait-ce pas au sens de tout et son contraire ? Les futurs « donneurs de leçons », comme les appelleront des collègues de l’opposition… auraient mérité d’en recevoir.

La preuve est faite, d’abord, que le programme publié sous l’étiquette En Marche ! n’était pas commun à tous, et que son application viole forcément des promesses faites en vain, même si ce fut par une minorité de candidats. Car un certain nombre d’électeurs ont pu s’en trouver séduits : quel renouveau de la vie politique est-ce là, et quelle confiance dans la vie politique cela peut-il générer ? La preuve est faite, ensuite, que de telles promesses improbables ou impossibles ont pu échapper aux professionnels de l’observation que sont les journalistes, les empêchant de répondre aux litanies de Renson et compagnie. Ce qui n’empêchera pas quelques journalistes de constater et commenter ce qui en serait une suite logique : une réticence et même une résistance de députés du groupe de la République en Marche ! le moment venu de voter la mort de la réserve parlementaire. Et là plus besoin de réflexion sur ce qui est significatif, représentatif : ils étaient en majorité.

Une majorité réduite, dans la réunion à ce sujet du groupe REM : « d’une courte tête » selon Le Monde (11/08//2017), « à deux voix près » d’après le site web de Capital (17-18/07/2017). Ces deux organes ont mis en valeur une réserve… au sujet de la réserve (ainsi que sur d’autres parties de la loi pour Le Monde), le Canard enchaîné ayant pour sa part titré « La fronde des novices » pour préciser que « par deux fois (…), les 11 et 12 juillet, le groupe (…) a repoussé, en réunion, trois dispositions phares de la loi de moralisation » (19/07/2017). La version journalistique est que les députés ont subi une forte pression destinée à leur imposer « le texte (…) validé par le président de la République et adopté en Conseil des ministres ».

Selon l’assistant parlementaire cité par Capital, il y aurait eu « une fracture (…) entre les députés fraîchement élus et les plus anciens », ces derniers moins réformistes ; selon d’autres témoins évoqués par Le Monde, de nouveaux députés étaient également opposés à la suppression de la réserve, exprimant des « interrogations » et « plaidant pour un temps de réflexion supplémentaire ». Notre courte analyse sur un petit nombre de nouveaux députés a démontré que même ceux-ci pouvaient être partisans d’un maintien assorti d’une amélioration dans la distribution, lequel se trouvait dans leur programme électoral officiel.

LE FEUILLETON DES DEBATS :
LA RESERVE EXPLIQUEE ET DEFENDUE
DE LA DROITE A LA GAUCHE

Dans les autres groupes de l’Assemblée nationale et du Sénat, sans avoir été un thème de campagne, c’est à une défense à peu près unanime, et à une mobilisation en faveur de la réserve parlementaire, que l’on a assisté.

Rappelons de quoi il s’agissait : des deux lois, ordinaire et organique, de « moralisation de la vie publique », pardon : visant à rétablir la « confiance dans la vie politique », voire « rétablissant la confiance dans la démocratie » (successives appellations plus ou moins contrôlées), lois votées les 3 et 9 août 2017 à l’Assemblée nationale.

La suppression de la réserve parlementaire n’était qu’un aspect de la loi organique du 9 août. D’autres dispositions firent l’objet de votes contraires de députés dans les réunions du groupe REM de la première quinzaine de juillet, et du désir de les amender comme cela avait été le cas au Sénat : in fine cela aura des répercussions sur le texte final n’allant pas « aussi loin que l’on voulait » du point de vue de la majorité, comme la presse l’aura souligné. Nous préférons y renvoyer plutôt que de rentrer dans le détail, et concentrer l’analyse sur ce point symbolique qu’est devenue la réserve parlementaire ; remarquons simplement que l’ensemble de la loi a suscité des réactions hostiles de la part de l’opposition, de gauche comme de droite.

« Poudre de perlimpinpin », plaisantera Clémentine Autain (La France Insoumise) ; « gadget », tranchera un représentant des Républicains ; « ça n’a pas de sens » commentera un élu du PS. Deux juristes, l’avocate Corinne Lepage (Cap 21/LRC) et l’ancien magistrat Georges Fenech (LR), ont fait remarquer que depuis 1989 il y a eu une douzaine de lois de moralisation : « Ça n’a pas forcément très bien fonctionné », faisait remarquer la première craignant une nouvelle loi un peu « riquiqui » (Les Echos, 24-25/04/2017) ; « Il y aura toujours des affaires », estimera le second (FranceInfo, 09/08/2017). La presse raisonnera à l’unisson.

A l’égard de tel ou tel aspect de ces lois, les premières proposées après la venue au pouvoir d’Emmanuel Macron et de son mouvement de la République en Marche !, lois inspirées par François Bayrou et son parti démocrate-chrétien le MoDem, beaucoup de parlementaires sont restés sur la réserve, s’agissant particulièrement de la suppression de la réserve parlementaire.

Jamais les Français n’auront autant entendu parler de cette réserve qu’à la veille de sa suppression, annoncée comme une nouvelle abolition des privilèges, jamais non plus ils n’en avaient entendu dire autant de bien ! Le dispositif aura été pratiquement plébiscité, dans un véritable feuilleton du pour et du contre. La réserve parlementaire « concentre les passions » : ainsi seraient résumés le 25 juillet, les débats de la nuit précédente sur le projet de suppression provoquant ce jugement lapidaire du député Guillaume Peltier (LR) : « Une folie. » Tout le mal qu’il fallait en penser, quant à lui, se résumait en un seul mot : clientélisme.

Querelle de mots ? Le député Michel Zumkeller (UDI-LR « Constructifs ») estimait dans les débats que c’est l’expression « réserve parlementaire », « qui est un marqueur » à supprimer, et non la réserve elle-même… En termes différents, il rejoignait la pensée de son collègue Sébastien Jumel (PCF) du groupe de la Gauche démocrate et républicaine, quand celui-ci critiquait une suppression « sans mécanisme de compensation en faveur des associations et des collectivités locales ». En effet, les parlementaires, députés et sénateurs, utilisaient cette dotation, d’un coût total en 2017 de 141 millions d’euros (81 pour l’Assemblée nationale, 60 pour le Sénat), contre 146 en 2016, pour financer des projets de ces deux catégories de bénéficiaires : cela pouvait aller du Festival du livre et de la presse d’écologie à une rénovation de clocher ou à l’achat d’un tableau numérique pour une petite école de banlieue. Cela pouvait aller plus loin, et un exemple cité était celui du financement du Secours populaire avec 500 000 euros en 2016. D’où la déclaration du député Philippe Gosselin (LR) : « L’ensemble du monde associatif va être pénalisé par cette suppression. » D’où aussi le communiqué du président de la commission des lois du Sénat, Philippe Bas (LR) : « En supprimant sèchement la réserve parlementaire, le gouvernement prive les territoires ruraux et les associations de 146 millions d’euros, pourtant indispensables au financement de petits projets d’intérêt général » (Libération, 02/08/2017).

La future parlementaire de La France Insoumise Clémentine Autain, porte-parole d’Ensemble !  (Front de gauche), avait entre les deux tours mis en garde contre les possibles effets négatifs d’une suppression, soulignant que le dispositif permettait à de petites associations locales d’échapper à la lourdeur habituelle des demandes de subvention (France 3 Soir, 14/06/2017).

SOUPÇONS ET REALITES
DU CLIENTELISME

A ceux qui critiquaient la « façon aussi discrétionnaire que furtive » d’attribution de ces subventions (selon la formule du Monde), Cécile Untermaier (PS), du groupe Nouvelle gauche de l’Assemblée nationale, répondait « ne pas avoir honte » de ce qu’elle faisait de sa réserve parlementaire, après un concours arbitré par un « jury citoyen » dans sa circonscription (Le Monde, 21/07/2017). Mais il faut bien reconnaître que ce mécanisme imprévu était rare pour ne pas dire unique… Olivier Faure (PS/NG) semblera s’en être inspiré en déclarant qu’il aurait préféré à la suppression le choix de « lancer un appel d’offre par circonscription », avec examen par un « collège citoyen ». Des députés du groupe REM avaient rejoint ce point de vue, nous l’avons vu, dans leurs professions de foi électorales.

Certains ont renvoyé les parlementaires à leur rôle de législateur, pour conclure qu’ils n’avaient pas à attribuer de subventions, sans tenir compte de leur rôle traditionnel d’« assistante sociale » dans leurs circonscriptions… D’autres craignaient les effets pervers de réformes « en apparence (…) » frappées du sceau du bon sens », comme le président du groupe NG, Olivier Faure (PS) : « La suppression de la réserve parlementaire, c’est populaire mais les députés seront les seuls élus qui ne pourront plus financer de projets sur leurs territoires. Il faut mieux l’encadrer, maintenir la transparence, pas la supprimer » (Le Parisien/Aujourd’hui, 30/06/2017).

« Il n’y a pas d’opacité ni de clientélisme », avait avancé dès le 27 juin au Sénat, Daniel Chasseing (UDI-LR), pour souligner que les petites communes recevaient pour leurs projets, « en toute transparence et sous le contrôle du ministère de l’Intérieur des subventions de 3 000 ou 5 000 euros » (Le Monde, 29/06/2017). Autre son de cloche : pour René Dosière (ancien député PS puis apparenté PS), tenu pour le spécialiste des finances publiques, à ce titre baptisé le « Monsieur Propre de la République », il ne s’agissait « pas (d’) un bon système » et c’était encore « un système très clientéliste ».

Mais sa suppression ouvrirait-elle l’an I de la Vertu ? Il y a des conflits d’intérêts autrement graves, mal saisis par la loi, feront remarquer des députés. Et même la réserve parlementaire… pouvait en cacher une autre : au cours des débats, s’est révélée l’existence de son pendant, la réserve ministérielle. Qui en avait entendu parler ? Pas même le ministre de la Justice porteur de la loi dite de moralisation, à en croire celle qui succédait à son auteur François Bayrou : Nicole Belloubet, avouant aux sénateurs le 27 juin, avoir « découvert son existence il y a quarante-huit heures » (Le Monde, 29/06/2017). Elle aurait même ajouté : « Et je ne sais pas trop à quoi elle sert, au moment où je vous parle… Si vous pouviez me le dire ! » (lefigaro.fr, 25/07/2017).

D’où les réactions les plus vives pour dénoncer « une loi de populisme antiparlementaire qui a pris pour cible de façon démagogique députés et sénateurs » : par cette formule, Eric Ciotti (LR) prétendrait dresser un premier bilan de l’action du nouveau président de la République. « Vous avez berné nos concitoyens en leur faisant croire que la fin de la réserve signifierait la fin du clientélisme », tonnait Jean-Paul Lecoq (PCF).

Clientélisme, non-clientélisme : que faut-il en penser ?

Reconnaissons que « transparence » et « contrôle » ne l’avaient pas de tout temps emporté sur « opacité » et « clientélisme », et que le dispositif aura laissé de mauvais souvenirs. Voire des souvenirs… amusés de situations cocasses, comme celui de Julien Dray (PS) évoqué avant le premier tour des élections, de ses débuts de député : découvrant l’existence de cette réserve parlementaire, et s’étonnant de n’en pas bénéficier, il s’était entendu dire : « Tu es jeune, tu as le temps… » Un sénateur partisan de la suppression, des années plus tôt, avait déclaré avoir attendu « plus de dix ans » avant d’en bénéficier comme député, « n’ayant jamais été informé de l’existence de la réserve, secret bien gardé ». Il poursuivait en entrouvrant la boîte de Pandore : « Pour compliquer les inégalités, il existe des réserves ministérielles, de Matignon et de l’Elysée dont on ne connaît pas réellement l’existence, le mode d’attribution, l’utilisation » (Eric Doligé, LR, PublicSénat, 11/02/2015).

Le dispositif de la réserve parlementaire aura présenté une particularité étrange : le chiffre souvent cité était de 130 000 euros par député (un peu plus par sénateur) ; mais la somme variait souvent « à la tête du client », et était beaucoup plus importante pour les présidents et vice-présidents des Chambres. Depuis les débuts, les irrégularités les plus criantes avaient été corrigées : la distribution était passée sous le contrôle de Matignon (le président Sarkozy ayant envisagé de la faire remonter à l’Elysée) ; et depuis 2013 la destination de la réserve était rendue publique, l’intérêt général étant privilégié dans les critères. Néanmoins l’attribution restait à la discrétion des parlementaires (certains téléphonant même à des amis ou relations pour s’enquérir d’associations intéressées dans leurs circonscriptions !). Seul le nombre de ceux-ci et la répartition géographique, la multiplicité de choix qui en résultait, pouvaient garantir une sorte d’équité…

REMPLACER LA RESERVE PAR QUOI ?
LA PROPOSITION DU SENAT : CONTRE LES ASSOCIATIONS ?

Quoi d’étonnant, au vu de ce qui précède, à ce que la question de la suppression ait suggéré la réponse d’un remplacement ? Nous l’avons déjà constaté dans le regret de l’absence de « mécanisme de compensation en faveur des associations et des collectivités locales » (Sébastien Jumel, PCF/GDR).

Quel mécanisme ? Là encore, il y a eu unanimité : par la création de fonds de dotation en faveur des anciens bénéficiaires, avec maintien des sommes attribuables selon un autre mode de répartition.

Mais le mécanisme envisagé a pu sembler oublier une partie, et non des moindres, des bénéficiaires du précédent : les associations. Si celles-ci apparaissaient souvent dans les critiques, comme dans le communiqué martial déjà cité du président de la commission des lois au Sénat, Philippe Bas (LR), elles disparaissaient le plus souvent des propositions. Au mieux, ces dernières ne distinguent pas entre les bénéficiaires, pour désigner un objectif commun à subventionner ; ainsi des amendements rejetés à l’Assemblée nationale portaient-ils simplement sur la mise en place d’un autre dispositif de « dotation de solidarité locale ».

Par contre, le rejet par le Sénat, le 4 août 2017, du texte de la loi, conduisait à l’ajout dans celle-ci d’une « dotation de soutien à l’investissement des communes et de leurs groupements » en remplacement de la réserve parlementaire. Le texte modifié prévoyait la transmission chaque année au gouvernement, par les bureaux du Parlement, d’une liste de projets dont les députés et les sénateurs demanderaient le soutien, et ce avant le débat sur la loi de finances. Six critères d’attribution étaient prévus, dont l’intérêt général ; la subvention d’un projet n’aurait pu excéder la moitié de son financement et dépasser la somme de 20 000 euros (Les Echos, 11/07/2017). Le quotidien économique concluait que « sur un point, le Sénat et l’exécutif sont au moins d’accord, à savoir que les associations seraient exclues de ces aides » (et seraient renvoyées à l’arbitraire des municipalités, à la lourdeur des démarches). De toute évidence, le contre-projet du Sénat favorisait les collectivités locales, dont sont issus nombre de sénateurs, et qui constituent un vivier de leurs électeurs.

La proposition sénatoriale sera évacuée du projet voté définitivement le 9 août à l’Assemblée nationale. Et pourtant, lors de la réunion du groupe REM de la première quinzaine de juillet, évoquée plus haut, « la position majoritaire était de dire qu’elle [la réserve parlementaire] pouvait être supprimée si un fonds était abondé pour les collectivités territoriales ». C’est un assistant parlementaire qui était cité par le site de Capital (17-18/07/2017), collaborateur qui concluait : « Mais, on sait que la compensation aurait été difficile à mettre en œuvre et laissée au bon vouloir de Bercy… »

Pourtant, une telle compensation, plus large car ouverte implicitement aux associations, était inscrite… dans la mouture originale du projet du ministre de la Justice, éphémère garde des Sceaux du premier gouvernement d’Edouard Philippe, projet présenté officiellement le 1er juin. La réserve parlementaire s’y trouvait remplacée par un « fonds d’action pour les territoires et les projets d’intérêt général ». Mais Nicole Belloubet, le 27 juin devant la commission des lois du Sénat, lançait : « Je ne peux m’engager sur ce qu’a dit François Bayrou » (Le Monde, 29/06/2017).

Le 9 août à l’Assemblée nationale, la loi était votée définitivement, malgré les inquiétudes exprimées au nom des associations et des collectivités locales, malgré les amendements (repoussés) visant à remédier à la suppression.

LE VOTE : UNE LARGE MAJORITE CONTRE
UNE RESERVE… APPROUVEE A UNE LARGE MAJORITE

« Le gouvernement et la majorité avaient fait de la suppression de la réserve parlementaire un symbole du  »renouveau » politique promis par Emmanuel Macron » (Le Monde, 11/08/2017). Peut-être était-ce bien un symbole, mais un symbole de quoi ?

Examinons le détail des votes. Le 3 août, le projet de loi ordinaire avait obtenu 383 voix favorables, contre 3 opposées et 48 abstentions. Le 9 août, la loi organique portant suppression de la réserve parlementaire recueillait 412 voix favorables, contre 74 opposées et 62 abstentions, sur 577 députés.

308 députés du groupe REM avaient voté pour, un s’était abstenu (sur 314 membres), auxquels s’ajoutaient 46 députés favorables du groupe allié MoDem (sur 47 membres dont 4 apparentés), et 23 députés du groupe LR-UDI « Constructifs » (avec 1 vote contre et 5 abstentions, sur 35 membres dont 1 apparenté).

L’opposition proprement dite, à l’exception du groupe NG (28 députés du PS et 3 apparentés), avec 30 votes favorables et 1 abstention, se partage dans le groupe LR : 73 voix contre, 2 pour, 20 abstentions (sur 100 membres dont 5 apparentés); et elle opte largement pour l’abstention, depuis le groupe GDR (11 députés du PCF et 4 ultramarins) et le groupe LFI (17 députés), jusqu’aux 8 députés du Front national (pas assez nombreux pour constituer un groupe, et donc classés parmi les 17 non-inscrits).

Sans surprise, les 74 votes défavorables sont le fait des Républicains, les plus ardents défenseurs de la réserve parlementaire. Plus surprenant, 30 votes favorables viennent du groupe de la Nouvelle gauche, et surtout… la majorité des 62 abstentionnistes, outre quelques députés dispersés de diverses origines, vient des Républicains, de La France Insoumise, et de la Gauche démocrate et républicaine, auxquels s’ajoutent les députés du Front national.

Plutôt que ces abstentions, on aurait attendu une… opposition plus nette de groupes dont des représentants avaient si bien défendu la réserve parlementaire, et souvent critiqué d’autres aspects de la loi. Sans même parler de l’étonnante adhésion de la quasi-totalité des élus du MoDem à une version tellement différente de la loi préparée par leur dirigeant François Bayrou. Et, si l’on y ajoutait la « petite » majorité de députés de la République en Marche ! ayant défendu la réserve parlementaire dans des réunions de groupe (et un nombre indéterminé même dans la campagne électorale), on aurait pu atteindre un résultat de vote radicalement inverse (la majorité requise étant de 289 voix sur 548 votants et 488 exprimés).

Et pourtant… Jusqu’au bout les opposants s’opposèrent… « Nous avons fait des propositions pour inscrire le vote de la réserve parlementaire dans la loi de finances, mais cela n’a pas été accepté, donc nous déposerons un amendement » (Valérie Rabault, PS/NG, Le Monde, 11/08/2017). En vain. Des amendements devaient être rejetés. Exit le dispositif de remplacement de « dotation de solidarité locale ». Dans le groupe de Jean-Luc Mélenchon, La France Insoumise, ce dispositif avait paru séduire. Clémentine Autain avait été parmi les premiers à mettre en garde contre les effets pervers d’une suppression. Le député Jean-Hugues Ratenon fera remarquer qu’ « on aurait dû maintenir [la réserve parlementaire] mais la modifier » par un transfert à des dotations. Alexis Corbière affirmera enfin : « Nous sommes pour sa suppression » ; mais non sans contrepartie pour lui aussi, se déclarant « pour une politique de financement des collectivités locales » (LCI, 02/08/2017).

L’abstention était-elle le meilleur moyen d’imposer une position d’opposant ? La question se pose, et plus encore… à propos du vote favorable de rescapés du PS, même si leur groupe de la Nouvelle gauche se targue d’avoir fait voter le plus grand nombre d’amendements : une opposition voulue constructive.

Une curieuse impression d’indécision, d’inachèvement, s’attache finalement à cette espèce de sociodrame. Le gouvernement lui-même y aura concouru avec la conclusion de Nicole Belloubet, ministre de la Justice, assurant que « ces fonds reviendront aux collectivités et aux associations », renvoyant sur ce point à la discussion d’automne du projet de loi de finances pour 2018 (Le Monde, 11/08/2017). Paroles, paroles !, seront tentés de chantonner certains.

Et pourtant, le gouvernement y avait mis du sien en acceptant à la fin que le sort de la réserve ministérielle soit confondu avec celui de la réserve parlementaire. Rappelons que le Sénat avait levé ce lièvre en accueillant Nicole Belloubet succédant à François Bayrou : ce fut une autre comédie.

LA COMEDIE DES RESERVES. BON VOULOIR
GOUVERNEMENTAL, BON PLAISIR PRESIDENTIEL

La comédie de la réserve ministérielle se greffe alors sur l’autre… ou plutôt la comédie des réserves non parlementaires.

Nicole Belloubet, ministre de la Justice, succédant à l’auteur du projet de loi « rétablissant la confiance dans la démocratie », avait été reçue deux fois au Sénat, se trouvant face à des critiques bien étayées. Le 27 juin, devant la commision des lois, elle se voyait poser le problème de la réserve ministérielle, un pendant de la réserve parlementaire. Elle avouait avoir « découvert son existence il y a quarante-huit heures », et même sa perplexité, rapportée plus haut. Le gouvernement était-il prêt à en envisager aussi la suppression ? Il semble, d’après Le Monde, que c’était le cas. Mais revenant au Sénat, cette fois en séance plenière, le 13 juillet, elle l’excluait catégoriquement, tentant d’expliquer pourquoi les deux systèmes étaient incomparables, à l’incrédulité générale. A toutes les vertus qu’elle voyait à la réserve ministérielle, ses interlocuteurs répondaient les distinguer tout aussi nettement dans la réserve parlementaire (débat retransmis par LCP, 17/07/2017). Dialogue de sourds.

Comprenne qui pourra, la suppression était à nouveau possible de retour à l’Assemblée nationale, et même était votée dans l’ensemble de la loi. Catastrophe imprévue (du moins par les parlementaires) : le 8 septembre, le Conseil constitutionnel validerait la loi… à l’exception de la suppression de la réserve ministérielle, jugée contraire à la séparation des pouvoirs. Olivier Faure (PS), président du groupe de la Nouvelle gauche à l’Assemblée nationale, inviterait alors le gouvernement… à agir par lui-même : « Ce que le Parlement ne peut pas faire par voie législative, le gouvernement peut le faire par voie réglementaire » (La Croix, 11/09/2017).

Ainsi était renvoyé un point essentiel (voté celui-ci) comme avait déjà été renvoyé un autre (promis celui-là), celui du maintien de l’affectation des fonds de la réserve parlementaire. Cela faisait deux fois, renforçant l’impression que décidément les choix du Parlement dépendent du bon vouloir gouvernemental, du bon plaisir présidentiel.

A noter que le Sénat avait explicité ses intentions, en la personne de Philippe Bas (LR), président de la commission des lois : « (…) nous préconisons de remplacer ces réserves par la garantie d’un accès plus large de ces collectivités [les communes, notamment rurales] aux crédits distribués par l’Etat. Nous voulons aussi que cet accès soit plus transparent afin d’éviter que la majorité au pouvoir ne privilégie ses élus au détriment de ceux de l’opposition » (Le Parisien/Aujourd’hui, 05/07/2017). Le journaliste, apparemment sur la base des informations du Sénat, était revenu sur l’importance des réserves non parlementaires, réserves « de Matignon et de l’Elysée. Ces enveloppes de plusieurs millions d’euros (5 M € pour l’Elysée l’an dernier) peuvent être distribuées sans contrôle par le premier ministre ou le chef de l’Etat. »

Quel devenir pour les réserves d’antan ? Et quelle nostalgie si un jour s’interrompait la rumeur, cessait l’interpellation : clientélisme et favoritisme pas morts !

Le 24 septembre 2017, le renouvellement de la moitié des sièges du Sénat (171) se traduira par une défaite des candidats de la majorité (21 sénateurs du groupe de la République en Marche ! contre 29 auparavant : exactement 19 plus un « apparenté » et un « rattaché » selon la formulation officielle) ; par un succès de la droite et du centre (145 élus des Républicains, 49 de l’Union centriste dont 2 du MoDem) ; et par une bonne résistance de la gauche (78 et 15 élus, respectivement, pour le groupe Socialiste et républicain et le groupe Communiste, républicain, citoyen et écologiste). Nul ne doute que des mesures gouvernementales comme la suppression de la réserve parlementaire (et le refus de la version sénatoriale du texte de loi), la suppression annoncée des emplois aidés ou de la taxe d’habitation, aient reçu leur sanction. Ce qui n’empêchera pas les représentants du pouvoir d’émettre des appréciations dans un style dont ils semblent avoir le secret : « Nous ne pouvions ni gagner ni perdre cette élection », selon le président du groupe sénatorial REM, François Patriat, le dimanche soir ; propos repris pratiquement à l’identique le lundi matin pour les chaînes de télévision d’information en continu, par Bariza Khiari, sénatrice du groupe REM (ex PS), une des trois membres de la direction du mouvement : « On pouvait pas perdre cette élection ni la gagner. » En contradiction avec cette audacieuse analyse, le porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner, s’en tiendra sobrement à « un échec attendu ». Et à l’Elysée selon Le Monde, « il n’y a pas de lecture politique à faire des sénatoriales » (26/09/2017). Politique de l’autruche ? L’échec est tempéré par l’arrière-pensée que, de débauchage individuel en débauchage individuel, il serait possible d’aller au-delà.

Dans le numéro du Figaro citant l’heureuse formulation de François Patriat, précisément dans son cahier saumon de l’économie, une chronique amusée se moquait du « macronisme », dépeint comme « du bricolage fait de bric et de broc, et fier de l’être » ; c’était à propos d’une des multiples réformes se bousculant dans le programme officiel (celle de l’assurance-chômage à venir en discussion le mois suivant) : « idée assez naïve », « bricolage idéologique faute d'(…) idée force », « degré zéro de l’argumentation en matière de politique économique » et « artisanat furieux » en matière de finances publiques, tout cela « ne peut que déboucher sur un dispositif baroque » (Jean-Pierre Robin, 25/09/2017).

Il est curieux de voir les journalistes du Figaro, vieux quotidien légitimiste, porté à soutenir des penseurs de droite, à vanter le libéralisme économique, avec un tempérament gouvernemental, émancipés à la faveur des élections de 2017 (comme il apparaît aussi quand ils interviennent dans des émissions de télévision) ; et d’autant plus curieux que les premières mesures économiques du nouveau régime le déportent vers la droite. Au moins la « nouvelle politique » et le « nouveau monde » font-ils sourire à défaut de faire rêver, les journalistes de la plupart des médias ne se gênant guère devant un pouvoir qui les apprécie peu. Cet irrespect, c’est sans doute la vraie marque d’un renouveau politique, mais un renouveau qui rappelle des temps anciens, et même de très anciens. Le maître mot de la période, c’est le scepticisme. Il avait accueilli les programmes présidentiels dans leur ensemble, et avec quelque prémonition Emmanuel Macron avait commencé par suggérer qu’il serait peut-être préférable de n’en pas présenter. En définitive d’ailleurs, c’est la peur de l’extrême droite qui l’aura emporté. Quant au « nouveau monde »… Interrogé à ce sujet, le député du MoDem allié de la République en Marche !, Jean-Louis Bourlanges répond :  » Emmanuel Macron a liquidé l’« ancien monde ». Il n’en a pas encore inventé un nouveau » (Les Echos, 13-14/10/2017).

LA POLITIQUE MACRONIENNE :
PROCRASTINATION ET HOMEOPATHIE

Des commentateurs ont remarqué que le gouvernement n’hésitait pas à faire marche arrière dans certains cas ayant soulevé l’ire populaire et/ou la critique journalistique, changement censé être mis au crédit du président. Des sarcasmes ont visé une « politique du rabot » ; la politique macronienne, serait-ce celle des gros sabots et des petits pas (deux pas en avant, un pas en arrière) ?

Le refus d’une dotation destinée aux collectivités territoriales, en remplacement de la réserve parlementaire, paraîtrait anecdotique à côté des vastes transformations prévues et des surprises soudaines : remplacement à compter du 1er janvier 2018 de la dotation générale de fonctionnement par le transfert d’une fraction de TVA, accepté par Manuel Valls, premier ministre un an auparavant, pour répondre aux présidents de régions. Mais un an après, le 28 septembre 2017, le congrès des régions resterait sous le coup de la suppression inattendue du fonds de soutien au développement de 450 millions d’euros (attribué en 2016 pour 2017 à titre transitoire). La part de TVA compenserait-elle intégralement l’ancienne DGF, se demandait-on ? Les régions quittaient alors la conférence des territoires (créée par Emmanuel Macron trois mois plus tôt). Un nouvel épisode des relations compliquées, et conflictuelles, entre Etat et régions, peu avant la publication, le 11 octobre 2017, du rapport annuel de la Cour des comptes sur les finances publiques locales, lequel conclura à un redressement, malgré la diminution du concours de l’Etat (grâce notamment aux recettes fiscales).

Quant aux associations… elles sont encore les victimes annoncées, avec les collectivités locales, d’un autre « coup de rabot », porté cette fois sur 160 000 emplois aidés… d’une importance essentielle pour le fonctionnement de nombreux services d’intérêt général, des établissements d’enseignement aux banques alimentaires. (Une baisse largement engagée par le gouvernement précédent, qui n’avait budgété pour 2017 que 280 000 emplois aidés, au nombre de 457 000 auparavant.) Mais à peine annoncée, la réduction de leur nombre… sera elle-même réduite (avec 30 000 à 40 000 emplois aidés de plus qu’il n’était prévu en 2017). Le chiffre de 200 000 sera avancé pour 2018. Et surtout… sera annoncée la nomination dans la première quinzaine de septembre, d’un haut commissaire à l’économie sociale et solidaire et à l’innovation sociale (un candidat malheureux du mouvement En Marche ! aux législatives), semblant répondre à cette baisse : Christophe Itier se déclarant « conscient de l’émotion qu’a suscité cette annonce »… mais restant un peu vague sur les moyens d’« aider les associations à sortir de cette précarité » qui en caractériserait beaucoup (La Croix, 11/09/2017). En fait, la suppression d’une supposée mauvaise réponse au chômage n’aurait pas dû laisser dans l’ombre le fait que ces emplois aidés étaient depuis les années 1980 une réponse (bonne ou mauvaise ?) au refus de satisfaire des besoins sociaux en augmentant le nombre de fonctionnaires.

Impréparation, improvisation, déminage dans l’urgence, flottement, attentisme, on reste dans cette incertitude, cette indécision, comme en suspens : dans un temps de doute prolongé, un temps suspendu, arrêté presque. C’est toute une phraséologie qui pourrait désigner le charme ambigu du nouveau quinquennat. Politique du lièvre et de la tortue ? A côté de l’allopathie rapide et brutale des ordonnances visant à réformer le code du travail, se glisse une combinaison douce, lente et insidieuse de procrastination et d’homéopathie consistant à opérer des coupes budgétaires annuelles de faible importance réparties sur un grand nombre d’années. Dans le cas de la suppression de la réserve parlementaire, la véritable fin est fixée au 1er janvier 2024 : soit nettement après la fin du quinquennat ouvert en 2017. Les parlementaires en auront au moins bénéficié entre-temps, s’exclameront de mauvais esprits. En 2024, où seront les tenants du nouveau régime de 2017 ? Que se sera-t-il passé entre-temps ? Et il y a des issues annoncées à plus longue échéance encore, comme celle de 2040 pour la fin de mise en vente des véhicules non électriques.

Devant cette réalité d’un décalage dans le temps, que penser du satisfecit du député et vice-président de l’Assemblée nationale Hugues Renson : « Les députés REM ont voté des réformes d’une importance majeure pour le pays, des réformes qui ne pouvaient attendre » ; et de s’indigner d’« un délai de deux ans entre l’annonce d’une réforme et son application, (…) dysfonctionnement qu’il conviendra de corriger » (Le Monde, 11/08/2017). Qui ne serait tenté de rappeler, à propos de projets et de lois engageant un avenir plus ou moins lointain et indéterminé, que Sainte-Beuve opposa le « démon de la procrastination » et la « muse de l’achèvement » ?

Il est vrai que la dénonciation de « la résistance de ces héritiers d’un ordre ancien », au nom de ceux qui « ne souhaitent pas faire de la politique une profession », que cette exaltation d’une « culture de l’évaluation »... en l’absence de toute évaluation du système des réserves, sonnent bizarrement de la part d’un homme du sérail, conseiller, de 2004 à 2012, de Jacques Chirac qui l’avait surnommé « Barbichu ». Avec les autres propos cités plus haut de ce chiraquien « heureux d’avoir rejoint Emmanuel Macron » (mais évitant de faire mention de son passé politique quand il n’y est pas obligé par des questions), on reconnaît le principal héritage de l’« ordre ancien », la pâle image de la politique réduite à son terme le plus simple : la langue de bois.

LA DEMOCRATIE AU PARLEMENT
ET DANS LA RUE

Septembre 2017 : la rue s’agite en France, et Jean-Luc Mélenchon répond à Emmanuel Macron que la démocratie, dans l’histoire, s’est faite souvent dans la rue, avec une quinzaine d’exemples, dont certains discutables. On pourrait en trouver de meilleurs en ajoutant que des députés y sont morts pour la République : Auguste Dornes en 1848, en 1851 Denis Dussoubs, celui-ci dans la lutte des députés pour empêcher le président Louis Napoléon Bonaparte de se faire empereur. Plus jeune président de France, ce dernier ne sera détrôné, de quelques mois, que par Emmanuel Macron. Loin de nous le soupçon d’un amalgame, la comparaison ne valant que pour la jeunesse, afin de rappeler qu’elle n’est pas toujours l’annonce d’un monde nouveau.

Alors que la rue gronde, à l’Assemblée nationale François de Rugy lance une réflexion dans l’intention affichée de moderniser le fonctionnement de l’institution (une intention d’ailleurs ancienne). Parmi les idées qui fusent, celle de faire voter les lois en commissions. D’aucuns dénoncent un danger pour la démocratie. Certes, tous les députés En Marche ! ne proposent pas de « permettre (…) de voter à distance avec les outils connectés », comme Bruno Bonnell, confondant apparemment les travaux parlementaires avec les jeux vidéo de la société dont il était le patron ; mais peut-être souffrait-il par trop des « vociférations de l’opposition ». Plus sérieusement, sans doute les députés les plus travailleurs et intelligents du groupe REM, ont-ils d’autres préoccupations. Et sans doute le fonctionnement parlementaire ne risquera-t-il pas de faire changer de nature le régime. La France a déjà connu des régimes qui mirent entre parenthèses le Parlement pour gouverner plus aisément, sous la houlette de hauts fonctionnaires (ou de technocrates, autre appellation) : le souvenir n’en est pas des meilleurs.

De quoi la suppression de la réserve parlementaire serait-elle le symbole (le meilleur symbole ?), nous interrogions-nous ? Symbole d’absence de « culture du résultat » ? Symbole du risque d’abaissement du Parlement à travers le « devoir de silence » dénoncé par le député Jean-Michel Clément (REM) ? Symbole d’un mélange de procrastination et d’homéopathie ? Au-delà, symbole des errements dans la fabrication de la loi (qui ne datent pas d’hier) ? De la vie politique dans ce qu’elle a de pire (pas seulement aujourd’hui) ? Sûrement pas un symbole de renouveau démocratique ni de confiance dans le personnel politique… Les hypothèses seraient à énoncer… presque à l’infini !

Mais de cet infini, quel citoyen aura pleine et entière conscience ? C’est pourquoi il cède plutôt en général à un sentiment confus d’incompréhension. Si le citoyen, pour avoir une idée précise, exacte, du déroulement d’une saga telle que celle de la suppression de la réserve parlementaire, et en tirer des idées utiles sur la politique, devait lire tous les articles de tous les journaux, regarder toutes les émissions, y compris celles des chaînes de télévision d’information en continu, des sites sur Internet, suivre tous les débats, bref accéder à toutes les informations dont un échantillon est réuni ici (non sans mal), il n’y aurait pas beaucoup d’électeurs éclairés… à moins que le citoyen ne se soit mué en politologue averti !

Les débats auront permis de constituer un recueil de textes propres à la réflexion, à l’éducation : ce pourrait être dans l’avenir comme une chrestomathie (NB : anthologie didactique de textes choisis parmi des œuvres d’auteurs classiques). Le curieux étant qu’une telle combinaison d’arguments permettant d’illustrer les vertus du système de la réserve parlementaire, ait pu donner le sentiment d’une union sacrée, mais dans les deux sens : pour expliquer et défendre un dispositif d’abord, puis pour le supprimer, avec l’arrière-pensée… que ne seraient pas supprimés en même temps clientélisme et favoritisme. Tous pour, puis tous contre (les abstentionnistes à l’appui du contre). C’est le jeu politique. La chrestomathie en germe le cède là à la tragi-comédie.

Pour conclure, un rappel est nécessaire, celui d’une idée qui a habité tous les débats sur une supposée « moralisation » de la vie politique, fantôme que beaucoup se refusent à voir, et auquel le militant Pascal Canfin, ancien député européen, ancien ministre (EE-LV) et directeur général du WWF France, a donné des contours précis : « Mieux codifier les relations entre élus et lobbies » (Les Echos, 13-14-15/07/2017). Dans la loi visant « à rétablir la confiance dans l’action publique », s’est-il étonné, « la question de l’influence exercée par les groupes d’intérêt, autrement dit les lobbies, est étonnamment absente ». Ce qui envahit le débat peut l’obscurcir plutôt que l’éclairer, et en cacher l’essentiel.

Dominique ALLAN MICHAUD
(15/10/2017)

L’auteur
Dominique Allan Michaud, chercheur en sociologie politique dans des UMR du CNRS (université de Paris X, puis Ecole normale supérieure) ; spécialiste de l’écologisme auquel il consacre des recherches depuis 1974, expert du ministère en charge de l’environnement ; président-fondateur du Réseau Mémoire de l’Environnement (2003), organisme reconnu d’intérêt général regroupant quatre grands établissements publics et une vingtaine de bibliothèques et centres d’archives.

logo-rme001

Contact
memoireenvironnement@net-c.com

Site
https://reseaumemoireenvironnement.wordpress.com/

Disparition de Simone Veil

Décédée le 30 juin 2017, Simone Veil était membre du comité de parrainage du RME. Nous publions ci-dessous deux lettres qu’elle avait envoyées à notre Président, Dominique Allan-Michaud.

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Simone Veil en 1984 – photo Rob C. Croes / Anefo — Nationaal Archief – Wikipedia

C’est avec beaucoup de tristesse que le RME a appris la disparition de  décédée le 30 juin 2017. Elle aurait eu bientôt 90 ans.

Femme de courage et de conviction, rescapée de la Shoah, cette juriste est surtout connue pour la fameuse loi sur l’interruption volontaire de grossesse auquel son nom est attaché (loi votée en novembre 1974 et promulguée en janvier 1975).

Parmi toutes les importantes fonctions qu’elle a eu à remplir, il en est une moins souvent citée : elle avait été présidente pendant plusieurs années du Comité français pour l’environnement. C’est à ce titre qu’elle intervenait au ministère de l’Ecologie, le 4 octobre 2006, parmi celles et ceux appelés à rendre hommage à Serge Antoine, dont le nom était donné à une salle de conférence. Le président du RME, Dominique Allan Michaud, intervint aussi au cours de cette journée pour saluer la mémoire de l’un des fondateurs du Réseau (et auteur de ses statuts) : un des derniers projets auxquels il a associé son nom. C’est pour le RME mais aussi en son nom personnel comme chercheur pour le ministère, devenu tel à la demande de Serge Antoine plus de 25 ans auparavant, qu’il intervenait.

A la suite de ce jour, Simone Veil allait accepter de rejoindre dans notre comité de parrainage, des personnalités qui elles aussi avaient agi avec Serge Antoine et qui d’ailleurs étaient là le 4 octobre 2006 (Philippe Saint-Marc, Roland Bechmann, Jacques Theys…) ; et d’autres qui dans leur action ont eu à le connaître et à l’apprécier (les anciens ministres Brice Lalonde, Corinne Lepage) ; et des journalistes parmi les anciens de cette aventure (Marc Ambroise-Rendu, Claude-Marie Vadrot).

Nous reproduisons ci-dessous la lettre d’acceptation de Simone Veil, simple et charmante. Et aussi un autre courrier fort courtois qu’en 2008 elle adressait au président du RME pour s’excuser de ne pouvoir participer à un travail de réflexion lancé par le Réseau, compte-tenu d’un autre travail de réflexion (sur la Constitution) que lui avait confié le président Sarkozy…

Une grande dame a disparu, dont le RME espère qu’elle rejoindra les « Grands Hommes » du Panthéon.

A sa famille et à ses amis, le RME fait part de sa profonde tristesse.

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Hommage à Alexandre Grothendieck et Serge Moscovici

Le Réseau Mémoire de l’Environnement (RME) salue la mémoire d’Alexandre Grothendieck et de Serge Moscovici.

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Par leurs écrits et leurs actions, ces deux précurseurs, qui viennent de mourir à deux jours de distance en ce mois de novembre 2014, ont joué un rôle très important, quoique souvent méconnu, dans les fondements de l’écologie politique en France.

Le RME adresse ses condoléances aux familles et aux proches de ces deux hommes exceptionnels.

Les statistiques 2012 du site du RME

Les lutins statisticiens de WordPress.com ont préparé le rapport annuel 2012 de ce blog.

En voici un extrait :

Le nouveau Boeing 787 Dreamliner peut emmener 250 passagers. Ce blog a été vu 1 700 fois en 2012. S’il était un Dreamliner, il faudrait environ 7 voyages pour déplacer autant de monde.

Cliquez ici pour voir le rapport complet.

Projection du film « Pour l’éternité », le jeudi 15 mars 2012 à 20 h au Ciné 220 de Brétigny (91)

 

Manifeste Pour une Culture de l’Environnement (1ère partie)

  Mémoire
de l’environnement

POUR UNE
CULTURE
DE L’ENVIRONNEMENT

 

 

 

 

 

 

Dominique ALLAN MICHAUD (dir.)
Sara
DESESSARD

RESEAU
MEMOIRE DE L’ENVIRONNEMENT

Edition
revue et corrigée 2003-2011

Manifeste
pour la mémoire, manifeste pour le futur
Deux
écologies, deux cultures, deux visions
Inventaire
des fonds documentaires francophones
Leçons
de l’écologie à la société urbaine et industrielle
Vers
une nouvelle solidarité


 
Nature, écologie, environnement,
développement soutenable/durable, décroissance : depuis le
XVIIIe siècle, une interrogation tourne autour des conditions
d’utilisation des ressources naturelles. Sur ces thèmes, de très
nombreux documents ont été produits, de sources privées,
associatives, officielles, de diffusion restreinte ou non (des
archives aux livres et revues d’intérêt général). C’est une
information scientifique et technique essentielle.
.
Des personnalités et des organisations veulent la rendre accessible aux chercheurs,
aux associations, aux relais d’opinion (enseignants, journalistes…), au
grand public.Ces personnalités et ces organisations ont
engagé une réflexion et des actions en vue d’un tel objectif. Elles
entendent d’abord publier un MANIFESTE
pour la conservation de la mémoire de l’environnement. Elles veulent
ensuite évaluer l’ensemble des problèmes qui se posent ; identifier
les bibliothèques, centres de ressources, archives (certaines à
sauver de la disparition), relevant de la thématique ; mettre en
place les conditions d’interrelation, pouvant aller jusqu’à une
interconnexion informatique, d’un RESEAU en préfiguration ;
rechercher en collaboration avec des institutions privées et
publiques, les moyens de mettre en place de nouveau LIEUX de
mémoire
.

.
Le présent RAPPORT a une triple fonction dans
le cadre du projet Mémoire de l’environnement :
– Expliciter la thématique
et éclairer les idées
– Identifier un certain
nombre de centres et évaluer leurs contenus
– Appeler à constituer une mémoire vivante
permettant d’appuyer les actions du présent pour construire un
FUTUR viable, vivable.

.
Le rapport  Pour une culture de l’environnement  a été réalisé sous la
direction scientifique de M. Dominique Allan Michaud,
chercheur en sciences sociales (Centre BioGéo, UMR 180 CNRS/ENS).
L’enquête sur les fonds documentaires a été effectuée par Mme
Sara Desessard
, ethnologue et documentaliste en sciences
sociales.

Un texte de M. Roger Dajoz, professeur d’écologie (MNHN)  est
présenté en postface. Ce rapport, disponible sur Internet,
ne constitue qu’un début, et appelle la mobilisation d’autres
acteurs, le développement d’autres réflexions, le lancement
d’autres actions.
Le projet Mémoire de l’environnement a réuni un comité
de pilotage représentatif dont les membres ont été
répartis entre un comité de parrainage et un conseil scientifique,
avec un comité de liaison.

Ce projet a initialement été porté par
l’Association pour la création de la Fondation René Dumont,
qui a intégralement financé les démarches, les réunions, les
travaux préparatoires, ainsi que le présent rapport.
A la fin de l’année 2003, le projet prend son autonomie avec la création du
RESEAU  MEMOIRE  DE  L’ENVIRONNEMENT
, lequel va poursuivre
les activités engagées, en collaboration avec d’autres organisations.


Le Réseau Mémoire de l’environnement peut être contacté à l’adresse
électronique suivante :
memoire.environnement@voila.fr
 


NOUS APPELONS à une
meilleure compréhension de l’histoire de la planète Terre.
Nous appelons à une connaissance de l’histoire de l’environnement
naturel et social : et même nous plaidons pour la reconnaissance
d’une culture de l’environnement.
Nous appelons à ne pas oublier ce que furent les conditions
d’organisation du monde dans lequel vit l’espèce humaine ; et à
penser à ce que seraient, à ce que seront, les conditions de la poursuite de
son existence.

Nous appelons à ne pas oublier les conditions d’organisation du milieu
de l’homme, de cette société qui finit par faire figure de nature
; à ne pas oublier ce qui en a permis le développement ; à ne pas
oublier ce qui a mis en danger tous les habitants de la planète, le
vivant même. Notre ambition est immense.

Nous appelons à la préparation d’Etats généraux de la Planète.
Que chacun puisse s’exprimer, et d’abord ceux qui écrivent sur ces thèmes
depuis des générations, et dont la parole trop souvent est confinée
dans des lieux inabordables, confisquée presque. Combien d’écrits
nous disent notre histoire, et nous restons sourds à ce message, et
nous ignorons cette mémoire. Nous appelons à sauver la mémoire de
l’environnement.Le travail sera considérable, et nous ne pouvons que l’engager,
et appeler tous ceux qui se sentent concernés à nous aider. Travail
considérable : il faut d’abord cerner le contenu général, puis les
acceptions particulières, de ce que l’on pourrait qualifier de Mémoire
de l’environnement, qui serait indispensable à une inscription
dans une culture, dans la culture.

.
Une culture de l’environnement qui ne soit pas seulement
culture de la nature, mais aussi culture de la société, culture
scientifique et technique considérée dans la succession des
innovations, interrogations, réactions et controverses. Un des
enjeux étant une éducation à l’environnement qui ne soit pas
coupée d’une histoire.La thématique est des plus étendues.

?
Nous appelons à l’expliciter, à expliquer le
vocabulaire, à confronter les choses, les idées et les mots afin
de  lutter contre la confusion, contre l’omission de certains
aspects, contre l’incompréhension qui en résulte.
Appelons-nous à un « développement durable » – ou « soutenable »
(sustainable) –, comme le veut la mode légitimée par
nombre de militants, utilisée par les institutions et exploitée par
les industriels les plus astucieux ? Nous appelons surtout à une
compréhension sérieuse des phénomènes qui ne se paye pas
de mots, qui ne se satisfasse pas de rhétorique. Si l’expression
de développement durable est aujourd’hui à l’honneur, n’est-ce
pas parce qu’elle sous-entend plusieurs politiques possibles de la
façon la moins précise ?  L’expression a un passé
dont il importe d’avoir conscience : et actuellement ni les
pouvoirs publics, ni les associations, ni les personnalités
qualifiées, malgré des efforts notables mais limités et dispersés,
et trop peu connus, n’ont pu valablement mettre au point des
instruments appropriés permettant de réunir, de préserver
durablement, et encore moins de vulgariser pour en permettre
l’accès, les éléments d’une telle mémoire. Les acteurs
associatifs et politiques eux-mêmes n’ont pu que constater
régulièrement, non sans amertume, leur échec à cet égard, au
sein même de ce qu’il est convenu d’appeler l’écologisme,
par référence à la science qu’est l’écologie.

.

Nous appelons à la diffusion la plus large des idées, qui ne soit
pas une simple dilution dans une vision générale quelque peu floue.
Nous appelons à la structuration d’une culture et à son
intégration dans la culture. Nous estimons que cette culture
intégrative des thèmes de protection de l’environnement devrait
être associée aux actions des pays francophones entre eux et en
direction du monde anglo-saxon. Faut-il que nous rappelions que les
bibliographies scientifiques de ce dernier (et d’autres sous leur
influence, même en France) oublient régulièrement nombre d’apports
français dans la plupart des secteurs ? Nous sommes favorables à
l’enrichissement du monde francophone par les apports anglo-saxons
; nous jugeons souhaitable de contribuer à l’enrichissement du
monde anglo-saxon par les apports francophones.

Nous n’appelons pas à résister à un antagonisme facile et factice
entre l’action et la connaissance : il a toujours été compris que
la seconde doive sous-tendre la première. Par contre cela n’a pas
toujours été encouragé, étant considéré comme un programme
d’application délicate, voire un idéal difficile à atteindre. Le
pire est que l’on croit parfois qu’une politique est
naturellement basée sur la connaissance alors qu’il n’en est
rien… Le pire peut être aussi d’agir sans attendre la
connaissance sous prétexte que cela ferait trop attendre… Nous
n’aurons pas le ridicule d’appeler à réfléchir avant d’agir
: il est sûr que cela va de soi. Nous avons l’ambition de
contribuer à rassembler les éléments de réflexion et à les faire
connaître afin de pousser à les faire confronter. Cela ne va pas de
soi.

Le champ est immense.
Nature/environnement,
écologie/écologisme, développement durable/soutenable,
croissance zéro / décroissance.
Que de contradictions ! Quelle pluralité

Depuis le XVIIIe siècle, une interrogation tourne autour des
conditions d’utilisation des ressources naturelles, sous plusieurs
vocables. La nature est le monde où l’homme a été amené à
vivre, l’écologie la science qui en étudie les équilibres,
l’environnement le monde construit par l’homme; le développement
soutenable désigne une étape qui combinerait les deux mondes sous
l’égide de la science, pour léguer une Terre en bon état aux
générations futures. Remonter les siècles afin d’interroger le
rapport de l’homme avec la nature, la peur de la nature, l’amour
de la nature, bref l’intérêt pour la nature, c’est le moyen de
mettre à jour les racines de la culture de l’environnement.

Nous saluons celles et ceux qui ont décidé de s’engager en un
foisonnement de textes, en un labyrinthe de pensées en quête du fil
d’Ariane qui aiderait à situer l’environnement dans la longue
histoire des faits et des idées : bref d’affronter « l’immense
et compliqué palimpseste de la mémoire » (Baudelaire). Et ce
d’autant plus que cette histoire est en cours. Que la gravité des
problèmes et l’urgence de la crise priment aujourd’hui, rien
n’est plus normal. Mais la complexité à laquelle les
sociétés modernes sont affrontées, ne pourrait-elle être
utilement éclairée par la connaissance des écrits qui auront
jalonné cette double histoire, histoire de l’exploitation des
ressources naturelles et histoire des commentaires ayant accompagné
cette exploitation ? Nous louons celles et ceux qui face à la
proclamation de l’incertitude engagent la recherche sur les traces
de quelques-uns qui ont prétendu ébranler les certitudes. Que le
projet Mémoire de l’environnement ait été d’abord appuyé et
financé jusqu’à être porté à maturité par l’Association
pour la création de la Fondation René Dumont n’est pas un hasard.
N’était-elle pas tout désignée pour l’accompagner, devant
prolonger les activités de l’agronome tiers-mondiste qui devint un
écologiste, et dont une préoccupation fut toujours l’accès le
plus large aux travaux scientifiques et aux résultats des enquêtes
de terrain pour créer les bases d’une solidarité planétaire ?
C’est l’organisation portant son nom qui a réuni un certain
nombre de personnalités professionnellement impliquées dans le
champ de l’environnement, engagées dans la recherche et/ou
intéressées à la conservation et à la valorisation du savoir.

La masse d’archives et de documentations est énorme. Sur les
thèmes précités, de très nombreux documents ont été produits,
de sources officielles, privées, associatives, à diffusion
restreinte ou non : livres, mémoires ou thèses universitaires,
rapports, périodiques, articles, dessins, photographies, films,
ainsi que des documents uniques (archives d’organismes officiels,
d’associations, de personnalités, de chercheurs). Il existe un
ensemble de connaissances sur l’évolution des sociétés
dans leur relation avec la nature, dont la collectivité se doit
d’assurer la conservation. C’est par ailleurs un ensemble de
ressources irremplaçable pour les acteurs associatifs comme pour les
acteurs politiques et administratifs, et aussi utilisable pour
transmission par des enseignants ou des journalistes ; c’est de la
culture scientifique et technique en train de se faire qu’il est
question, en une confrontation des informations, en une mise en
relation des diverses facettes de la réflexion permettant de mieux
saisir les questions liées à l’environnement humain. Le grand
public y aurait accès soit indirectement grâce aux relais d’opinion
précités, soit directement.

Nous n’appelons pas à créer la Très Grande Bibliothèque de l’Environnement.
Sans doute est-elle impossible. Il ne s’agit pas de se substituer à la
puissance publique pour des opérations relevant de la responsabilité
de la Bibliothèque nationale de France ou des Archives nationales
(CAC), avec lesquelles existent des contacts en vue d’assurer une
coordination. Il ne s’agit pas de se substituer aux nombreux lieux
de mémoire existants, public et privés, à travers la  France,
ou au-delà – sans s’interdire de susciter de nouvelles créations
–. Trois étapes nous ont semblé indispensables : identification
des lieux, évaluation des fonds, valorisation du
patrimoine. Des centres de documentation ou bibliothèques méritaient
d’être mieux connus ou reconnus  (et même pour certains
d’être tout simplement répertoriés et localisés), et de mieux
se connaître. Les deux étapes suivantes s’imposaient : mise en
interrelation de ces lieux, interconnexion de leurs
fonds. C’est ce à quoi nous travaillons, étant entendu qu’il
serait intéressant, utile, que la possibilité d’une consultation
par tous via Internet d’un réseau  informatique se double
d’une possibilité de consultation matérielle dans de grandes
villes universitaires : dans des centres ouverts à des publics
spécialisés (administratifs, chercheurs, journalistes, militants…),
ainsi qu’au grand public ; centres appelés en même temps à
participer à la coordination du réseau virtuel, et à rassembler
des documents auparavant difficilement consultables (dont des fonds
actuellement menacés de disparition car les propriétaires ne
peuvent plus en assumer la conservation) ; centres permettant de
surcroît l’accès à des documents localisés en d’autres lieux,
au moyen d’un système de consultation et de prêt de type «
échanges interbibliothèques ».

En ce qui concerne la gestion par une collectivité territoriale
d’un tel organisme spécialisé, des exemples existent. A Paris, c’est celui de la
bibliothèque publique Marguerite Durand, fonds féministe qui a
donné naissance à un centre de ressources conçu plus largement
autour de la femme. Ne pourrait-on comparer au féminisme qui a fait
sortir la question féminine d’un ghetto en en faisant un élément
de culture, le cheminement de l’écologisme ? Sur le thème de
l’environnement, un fonds départemental doublé d’un municipal,
créé en 1987 à L’Haÿ-les-Roses, chef lieu d’arrondissement du
Val-de-Marne, est aujourd’hui une bibliothèque publique de quelque
7 000 livres. Il existe aussi des exemples négatifs : deux
projets de bibliothèques municipales d’une certaine importance,
ont émergé au début des années 2000, à Paris et à Gap (Hautes
Alpes). Les deux n’ont pas abouti. Mais les milliers de documents
réunis, à Gap et à Paris, ne sont pas perdus, juste en quête
d’une volonté et d’un lieu. A côté des matériaux pour ces
deux bibliothèques à venir, s’organise déjà par ailleurs un
fonds d’archives et de documentation très important au Musée du
Vivant de l’AgroParisTech (Centre international de recherches sur
l’écologie).

.
Il faut rappeler les réponses, approbations et suggestions de nombre
des 70 organismes qui ont répondu à notre enquête (sur 200 contactés), enquête
dont le présent rapport a rendu publics les résultats. De ces centres, la
moitié était prête à constituer la trame initiale d’un réseau,
et celui-ci a effectivement vu le jour : c’est le Réseau
Mémoire de l’environnement, reconnu d’intérêt général par
l’Etat et réunissant une vingtaine de bibliothèques et centres de
ressources regroupant plus d’un million de documents sur
l’environnement. La liaison entre mémoire et prospective, qui
constituent les pôles de notre projet, est bien engagée, et
rassemble nombre de partenaires réguliers ou occasionnels. Nous
appelons à développer les initiatives et à les multiplier, et nous
nous engageons à les soutenir, notamment par l’organisation de
conférences, projections de films avec débats, journées
d’information, séminaires, colloques, susceptibles de contribuer à
leur donner davantage de visibilité.

.
Nous publions ce manifeste pour la mémoire de l’environnement,
conscients de la critique en forme d’interrogation que notre initiative
pourrait s’attirer : Conserver la mémoire… ou l’environnement ? D’aucuns
seront tentés de nous interpeller de la sorte. Nous avons déjà
répondu, et la réponse est simple : les deux. Sauver la mémoire
pour sauver l’environnement, naturel et social, de l’homme.

.

Nous appelons les individus, les associations, les institutions, à
participer à cette action qui entend apporter des éléments de
réflexion sur l’état du monde, sur ce qui y a conduit, et sur les
moyens que pourrait trouver l’espèce humaine pour s’y maintenir
une place. Nous n’appelons à la conservation que pour comprendre
le présent, pour réagir, agir, pour construire l’avenir : les
archives du passé ne sont pas toujours des archives dépassées. En
définitive, il s’agit moins d’un manifeste pour la mémoire que
d’un manifeste pour le futur.

Comité de parrainage

(en 2003-2004)

AMBROISE-RENDU Marc 
Journaliste

ANTOINE Serge
Président du Comité 21.
Initiateur de nombreuses politiques et institutions publiques en matière d’environnement (DATAR, Ministère chargé de l’Environnement…).

CORVOL-DESSERT Andrée
Directeur de recherche au CNRS (Institut d’histoire moderne et contemporaine-ENS).
Présidente du Groupe d’histoire des forêts françaises.

DENIS LEMPEREUR Jacqueline
Journaliste.

JAKUBEC Joel
Théologien et démographe.
Directeur de la collection SEBES (stratégies énergétiques – biosphère et société) aux Editions Georg(Genève).

LEBRETON Philippe
Professeur de biologie et d’environnement.

MOSCOVICI Serge
Psychosociologue.
Directeur d’études (EHESS).

PASSET René
Professeur d’économie.

THEYS Jacques
Directeur scientifique (IFEN).

TORT Patrick
Directeur de l’Institut Charles Darwin international.
Professeur (MNHN).

VADROT Claude-Marie
Journaliste.
Président de l’association des Journalistes-écrivains pour la nature et l’écologie (JNE).

.

ADOME Association pour le développement des outils multimedia appliqués à l’environnement
CAC Centre des archives contemporaines
CIRAD Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement
CNRS Centre national de la recherche scientifique
EHESS Ecole des hautes études en sciences sociales
ENS Ecole normale supérieure
JNE Journalistes – écrivains pour la nature et l’écologie (association des)
MNHN Muséum national d’histoire naturelle
MSH Maison des sciences de l’homme
UMR Unité mixte de recherche

Conseil scientifique (en 2003-2004)


ALLAN MICHAUD Dominique
Président
Chercheur spécialiste de l’écologisme (Centre BIOGEO : UMR 180 / CNRS – ENS*).
Directeur scientifique de recherches pour le Ministère chargé de l’Environnement, auteur de plusieurs ouvrages.
BATTAGLIA Valérie
Membre du conseil d’administration de l’AC-Fondation René Dumont.

BONNEUIL Christophe
Chercheur au CNRS – EHESS – MNHN
(histoire des sciences et des techniques).
BURGUNDER Jean-Luc
Fondateur de la revue Ecologie.

DAJOZ Roger
Ecologue, professeur au Muséum (MNHN).

DELACOUR Christiane
>Responsable du fonds départemental
 » Environnement, urbanisme, cadre de vie  »
Bibliothèque George Sand de L’Haÿ-les-Roses.

ESTEBAN Alexandre 
Responsable du fonds documentaire de la revue Silence, Lyon.

GIRAN Michel
Consultant environnement pour Internet.
Animateur de l’Association pour le développement des outils multimedia appliqués à l’environnement : l’ADOME a mis en place le portail Internet planetecologie.org
.

JACCAUD Thierry
Rédacteur en chef de L’Ecologiste (édition française de The Ecologist).

.
MATAGNE Patrick
Professeur à l’IUFM du Nord-Pas-de-Calais  (épistémologie et histoire des sciences).

.

MILLER Roland de
Documentaliste, écrivain, archiviste.
Créateur du fonds  » La Bibliothèque de l’écologie  » (35 000 livres anciens et modernes, 700 collections de périodiques).

NICOLON Alexandre
Chercheur, codirecteur de Nucléopolis (Matériaux pour l’analyse d’une société nucléaire), 1979.

SAMUEL Laurent
Journaliste spécialisé dans l’environnement.
Chef de service du magazine Ça m’intéresse. Membre du conseil des JNE

TRAN MINH Nicole
Bibliothécaire – documentaliste. Responsable de la bibliothèque historique du CIRAD.
Secrétaire de la Société des amis de la bibliothèque historique du Jardin tropical de Paris (antérieurement Jardin colonial, créé en 1899.)

VIGREUX Pierre
Ingénieur agronome et historien.
Responsable d’une mission au Ministère de l’Agriculture de 1993 à 2000 : conditions de valorisation des fonds documentaires des écoles du Ministère en Ile-de-France.

Comité de liaison (en 2003-2004)


Organisation, direction scientifique : Dominique ALLAN MICHAUD
Secrétariat général : Ben LEFETEY (2003), Anne LATOUR (2004)
Coordination des expertises : Nicole TRAN MINH (documentation – archivage)
Responsable des enquêtes : Sara DESESSARD
Chargé des relations avec la  Bibliothèque nationale de France et les Archives nationales (CAC*) : Pierre VIGREUX
Conseiller en informatique : Michel GIRAN

LE RME EN 2012


Président : Dominique ALLAN MICHAUD
Secrétaire général : Laurent SAMUEL
Secrétaire général adjoint : Philippe DELACROIX
Responsable des enquêtes : Sara DESESSARD
Trésorière, déléguée générale : Anne LATOUR RAULIN

.
Sur l’actuel comité de parrainage réunissant certaines des personnes citées, voir les informations ici sur le site.

Préambule / pour saisir le contenu complexe des fonds documentaires

Deux écologies – Deux cultures – Deux visions d’un environnement naturel et social
par
Dominique ALLAN MICHAUD

Ce texte est une version revue et augmentée de ceux présentés au cours de réunions spécialisées :

  • Séminaire interculturel du groupe de recherche franco-allemand sur l’écologie, Paris, Réseau international sciences sociales et environnement/OFAJ, 14 février 1994 ;
  • Colloque  « Education à l’environnement  –  Ecocitoyenneté   Cergy, IUFM,  29 novembre 1995 (communication reprise dans les Actes publiés en 1996 en collaboration avec le CDDP) ;
  • « Séminaire environnement » du groupe de recherche sur l’éducation relative à l’environnement, IR/FSU, Paris, 5 novembre 1998.

L’Environnement, champ d’intersection de disciplines ?
Les deux écologies

II – L’environnement, champ d’intersection de phénomènes culturels ?
Les deux cultures

III – L’environnement, champ d’intersection de thèmes ?
Les deux visions

> Bibliographie du texte

Qu’est-ce que l’environnement ? Science ou champ commun à diverses disciplines, pour ne pas dire intersection de celles-ci ?
Y a-t-il une conception de l’environnement qui s’impose à tous ou doit-on tenir compte d’une pluralité de représentations ?
Le fait de simplement énoncer ces questions introduit au coeur d’un débat complexe.
« L’erreur est de réduire l’écologie à l’environnement », a écrit en 1990 celui qui était alors le principal porte-parole des verts, Antoine Waechter.
« L’étude de l’environnement ne se réduit pas à l’écologie », a fait savoir en 1992 le Conseil national des programmes, sur l’éducation à l’environnement.

Comment l’environnement pourrait-il à la fois constituer un champ plus large et un champ plus étroit que celui couvert par l’écologie ? La raison de l’apparente contradiction est, on le comprend, que le mot n’apparaît pas avec le même sens dans les deux citations : l’acception militante a succédé au statut scientifique 1.

Il n’est pas surprenant que les préférences institutionnelles soient du côté de l’environnement entendu comme champ commun à plusieurs disciplines, idée qui ne manque pas de logique. Une commission d’un colloque d’enseignants, dans son compte-rendu, soulignait que beaucoup de disciplines scolaires pourraient « trouver leur place » dans l’éducation « relative à l’environnement » : physique-chimie, géographie, histoire, biologie-géologie, lettres, philosophie, mathématiques ; avec, en un autre endroit des actes du colloque, l’ajout des « facteurs sociaux, économiques, produits d’une histoire », qui peut suggérer d’autres disciplines : sociologie, économie (SNES, 1993). S’agirait-il d’enseigner l’environnement par morceaux ? Non : une collégialité avec un « maître d’oeuvre » était envisagée. Mais pour l’écologue Patrick Blandin, professeur au Muséum, « il faut donc imaginer une technique éducative telle que l’on puisse évacuer tout marquage disciplinaire »?

On devine bien les difficultés… Enseigner l’environnement sous divers aspects, soit ! Avec les apports de plusieurs disciplines, certes ! Mais le rêve d’une cohérence inter-trans-disciplinaire résiste mal à ce qui apparaît souvent comme la réalité d’un écartèlement entre disciplines, d’une appropriation multiple de l’environnement sur le mode bien connu : « l’environnement, c’est ma discipline »?

Les idées de globalisation, d’interdépendance, se heurtent à une conception cloisonnée de la réalité. Ce cloisonnement, utile pour comprendre la structure de l’univers en la décomposant, et pour en utiliser les mécanismes, pour exploiter les richesses naturelles, est en même temps néfaste pour affronter les problèmes liés à l’interdépendance des phénomènes, à la globalité de l’univers, et pour en préserver les mécanismes vitaux, pour protéger les ressources non renouvelables.

Il en résulte un souci de réévaluation de l’attitude scientifique. Ainsi, en 1993, le sociologue Marcel Jollivet et le biométricien Alain Pavé, soulignant après bien d’autres que selon les scientifiques il existe une « grande variabilité » dans le sens du mot environnement, y verront la promesse d’une « polysémie à exploiter ». Mais le « programme environnement » que ces auteurs ont eu la responsabilité d’animer au sein du Centre national de la recherche scientifique, s’il a eu plusieurs noms successifs, n’en semble pas moins avoir gardé une caractéristique gênante : sa marginalité… leur conviction qu’aux nécessités de l’analyse doit succéder la nécessité de la synthèse, et qu’il faut maintenant « réunir ce qui a été ainsi disjoint » (en insistant sur les interrelations, les interfaces), n’aurait-elle pas devancé largement la volonté des institutions ?

Environnement, environnement de quoi ?

C’est de l’état présent et à venir de ce qui est autour de l’homme que s’inquiètent les hommes, comme le soulignent justement Marcel Jollivet  et Alain Pavé. Donc du lien vital entre le monde construit par l’homme et le monde dont il est issu. Quel est ce lien ? Les écologues insistent sur les interrelations à l’oeuvre dans la nature, sur l’interdépendance de l’ensemble des êtres vivants, du  microbe à l’homme. C’est le domaine de l’écologie.

L’écologie avec un statut scientifique. Mais un néologisme de sens fait que l’écologie a aussi, désormais, une acception militante.

Comment les différencier ? Pourquoi le mot écologisme, à l’usage entériné par militants et linguistes 2 n’a-t-il pas bénéficié d’un usage courant, et est-il délaissé jusque dans le mouvement  associatif, dans le courant politique, sans compter l’expression journalistique, et même souvent la recherche universitaire ? Pourquoi encourager l’usage de la formule écologie politique, qui n’est pas sans évoquer – en pire – l’image ancienne d’un socialisme voulu scientifique ?

Il faut d’ailleurs souligner que le choix d’un mot n’est pas tout, ne saurait résoudre tous les problèmes.

Une conception cloisonnée de la réalité constitue un frein pour une appréhension scientifique globale de l’environnement. A un tel cloisonnement n’échappe pas la vision politique : le discours écologique n’a fonctionné que comme une dialectique inachevée – par juxtaposition sans synthèse – , avec des contradictions éludées plutôt que surmontées … 3 Déjà, ce serait lutter contre la confusion que de nettement séparer les problèmes scientifiques et idéologiques.

Ces quelques pages n’ont d’autre but que d’exposer les éléments généraux d’une  complexité – d’une double complexité -. Une combinaison de problèmes difficiles à appréhender et encore plus à résoudre se trouve derrière la difficulté de conception et /ou de justification d’une science et d’un militantisme se nourrissant et /ou se soutenant sans se confondre.

L’environnement,
champ d’intersection de phénomènes culturels ?
Les deux cultures

par

Dominique ALLAN MICHAUD

Il est question dans le manifeste du Réseau de sauver la mémoire pour sauver l’environnement, naturel et social, de l’homme. Qu’est-ce à dire du point de vue de la culture, c’est-à-dire de ce qui réunit des aspects intellectuels comme étant le propre d’une civilisation ?

« Celui qui a le contrôle du passé a le contrôle du futur » : telle était la ligne directrice de l’ouvrage fameux de Georges Orwell, 1984. La façon dont les êtres vivants pourront vivre au futur (ou ne le pourront pas…) dépendrait-il, dépendra-t-il, de la façon dont l’espèce humaine voudra (ou pourra) comprendre l’histoire pour agir dans le présent ? Certes, une idée de cette sorte quant au lien unissant le futur au passé fut à la base de nos questions « que l’on osera dire posées aux militants de la fin du XXe siècle par les militants de la fin du XIXe siècle » : à la base des interrogations de deux siècles sur L’Avenir de la société alternative 4. Mais entre une analyse et un programme politique… et plus encore un projet culturel, il y a un écart d’importance, une différence d’échelle. Et que pèse la plus belle des analyses d’un animalcule isolé sur la planète Terre, dans l’immensité de l’espace et l’infinie accumulation du temps ?

La crise écologique comme l’écologisme et l’environnementalisme qui prétendent l’affronter, au-delà de la science écologique qui peut l’expliquer et proposer des remèdes, l’ensemble des éléments du discours écologique, s’inscrivent dans une histoire qui n’est pas seulement du passé : la question naturelle s’inscrit dans la culture humaine, et dans cette culture, de cette culture, nous vivons. Pour ceux qui pensent, depuis le début des années 70, que l’environnement est un mot désignant non seulement le Tout de la nature, mais le Tout de la société 5, c’est de la trame même de l’existence qu’il s’agit. Mais pour les autres ? « La Terre est notre soleil », dit la publicité des supermarchés Carrefour pour vanter les produits issus de l’agriculture biologique qui se retrouvent dans leurs rayons. Est-ce à dire que les dirigeants, les salariés et les clients de l’entreprise entendent réconcilier la nature et la culture comme le voulait Pierre Fournier, inspirateur de l’écologisme : la « réconciliation de l’homme avec lui- même, avec les autres et avec le grand Tout 6»  ? Certainement pas tous, peut-on supposer… même sans aller jusqu’à la violence verbale d’un responsable du réseau Biocoop stigmatisant « la schizophrénie de ces consommateurs qui entretiennent le système qui les exploite et les abrutit ». Avant, toutefois, de regretter l’absence de l’ « alternatives appropriées », et de se refuser au repliement « par sectarisme idéologique » 7

L’environnement, c’est ce qui entoure et conditionne la vie de l’homme, de la campagne à la ville. C’est de la nature et de la culture. Admettons même le postulat  qui voudrait que ce soit de la culture de la nature humaine qu’il s’agisse : il aurait pu séduire Fournier que rebutait, par contre, la thématique de la « défense de l’environnement ».

Mais existe-t-il une culture de l’environnement, ou celle-ci ne serait-elle qu’un projet, un songe, pire : une chimère, derrière une succession d’effets de mode et d’efforts de rhétorique qui a commencé à se dessiner à la fin des années 60 ? Un discours multiple, une action militante associative puis politique, une entrée dans les institutions pour une cogestion, plus ou moins timide selon les pays, ont certes fait progresser dans les esprits, avec quelques effets dans la réalité, l’idée d’une crise écologique, et ont évidemment fait rêver – au moins quelques-uns – à la pensée d’une issue écologiste, d’une société écologique.
Une culture est-elle née pour autant ? Le succès de l’agriculture biologique n’est-il pas encore trop lié au cocktail de certaines peurs, à la peur surtout de la « vache folle » ?

Il existe une réalité : celle de l’industrialisation du monde, de l’urbanisation du monde, de l’occidentalisation du monde. La revendication d’une altermondialisation y renvoie.

Parmi les phénomènes culturels dont l’environnement semble le champ d’intersection, ceux liés au développement ne sont pas supprimés par ceux liés à la protection : l’expression seule de développement durable en est le signe. Pendant les vingt années qui ont séparé deux fameuses conférences des Nations Unies, entre 1972 et 1992, le vocabulaire avancé a évolué. 1972 à Stockholm, c’était la conférence sur l’environnement humain. 1992 à Rio de Janeiro, ce sera la conférence sur l’environnement et le développement. Au terme d’écodéveloppement de la première période 8, sera préférée dans la deuxième l’expression de développement durable. Cette dernière fait désormais florès à l’échelle mondiale. Elle a pu susciter maintes interrogations sur un possible double sens 9, mais n’est-ce pas la cause de son succès que cette situation de « concept vague » (pour reprendre la terminologie d’Abraham Moles) ? Sustainable étant le mot original des séminaires et des rapports, de 1979-1980 à 1987-1988, mieux eût valu voir populariser l’expression de développement soutenable : mais, précisément, cela n’eut pas lieu 10

La difficulté de conception d’une culture spécifique homogène de l’environnement ne doit pas être minimisée. Si l’on considère que la science, l’écologie, en serait une donnée évidente, voire une base imposée, le problème n’est pas simplifié, bien au contraire. Faut-il rappeler que l’historien américain Donald Worster, comme axe de son livre de 1977 devenu un classique, avait choisi la séparation entre science arcadienne et science impérialiste 11 ? Tout concourt à l’impression d’une dualité de culture, avec des alternances de compétition et de coopération. Devrait-on et pourrait-on aller au-delà ?

L’environnement, champ de thèmes?
Les deux visions

par

Dominique ALLAN MICHAUD

L’histoire dans laquelle s’inscrit la question naturelle n’est pas d’ordre exclusivement scientifique et technique.

Allons au-delà : oublions momentanément l’industrialisation du monde, et songeons à cette nature magique dans laquelle ont vécu nos aïeux lointains. Faudrait-il en fixer à jamais les traces dans le passé, en ignorer les traces modernes qui se laissent deviner à travers les conceptions de certaines tendances ésotériques, au nom de la nature rationnelle ? Des questions se poseraient alors pour le proche et lointain passé et pour le présent. Par exemple la Naturphilosophie ne serait-elle pas pour partie une « modernisation » du vieux thème de la Mère Nature, comme le suggérait Robert Lenoble pour qui la nature ne saurait être le « champ du seul savant », et « parle » aussi au poète, à l’artiste, au moraliste, au théologien ? « Il n’est pas facile d’arrêter la magie dans le temps », faisait remarquer le philosophe et historien des sciences pensant à un jeu prolongé de « cache-cache » entre « le rationnel et le magique» 12.

Comment  ferait-on  de  l’histoire des  idées sans  considérer   que  certaines  ont  la vie  dure – même si elles paraissent abâtardies de nos jours, même si l’opinion dominante les juge dépassées, même si elles dérangent la plupart d’entre nous ?

Revenons sur terre : oublions l’enchantement du monde, et pensons à la nature prosaïque dans  laquelle sont condamnés à vivre les contemporains ordinaires. Notons-le dès l’abord : l’environnement au sens large est souvent entendu comme une nature dans un sens restreint. Pourtant l’environnement humain n’est pas qu’une nature appauvrie ou enrichie – selon le point de vue –, c’est autre chose en vérité, une « nature » créée par l’homme en vue de son bonheur, pour son malheur diront certains… C’est l’univers de la ville, mais ce fut aussi l’univers de la campagne : cette dernière n’est qu’une nature humanisée à seule fin d’organiser la production agricole. N’aura-t-il pas fallu nourrir les villes ? C’est ainsi que l’environnement va de l’environnement naturel à l’environnement social. L’homme habite deux mondes, comme l’avait souligné le rapport préparatoire à la conférence de 1972 à Stockholm : la société et la nature. Mais une large partie du monde trouvée naturelle à la naissance d’un homme a été créée par un autre homme… La nature originelle de la planète, dont il subsiste des traces, est considérée elle-même du point de vue de l’utilité, voire de la nécessité pour l’espèce humaine : piège à carbone et productrice d’oxygène, réservoir d’une riche biodiversité… et réservoir de symboles.

L’histoire dans laquelle s’inscrit la question naturelle, nous l’avons dit, n’est pas d’ordre exclusivement scientifique et technique : et pourtant la philosophie, la littérature, l’idéologie, le militantisme, échappent souvent au plus gros thésaurus… Pour une enquête d’ailleurs intéressante rendue en décembre 2000 à la DIREN PACA, un cabinet privé, le bureau Van Dijk, avait « oublié » complètement de demander aux bibliothèques et autres centres de documentation  s’ils étaient fournis en ouvrages concernant le militantisme. Etait-ce gênant ? S’agissant d’une enquête préalable à la constitution d’un réseau documentaire régional sur l’environnement, et l’environnement physique devant constituer l’intérêt exclusif des demandeurs, sans doute pas. Ne serait-il  pas toutefois de l’intérêt général de prévoir plus largement en fonction d’intérêts plus diversifiés ?

Pour l’enquête devant établir un premier inventaire national des centres de ressources, sous notre direction, a été choisie l’optique la plus ample et la plus précise, en partant de deux grandes visions de l’environnement naturel et/ou social : la vision scientifique et technique ; la vision religieuse, littéraire, idéologique ou philosophique. Pour dire à quel point cela allait loin dans le détail afin de décliner l’environnement en fonction de ses multiples facettes, nous renverrons à la page thématique du questionnaire , reproduite ci-après. Sa mise au point 13 a représenté un tour de force, et il a fallu dans la préparation supprimer alternativement de la précision et de la lisibilité afin d’arriver à une moyenne. De la difficulté d’y répondre, nous avons entendu parler. Mais de son intérêt également, et le nombre important de réponses (70 pour 200 organismes contactés) aura montré que l’ouverture aux aspects sociaux et politiques (dans 55 fonds documentaires) n’est pas un handicap, mais une aide pour saisir la très grande richesse de l’environnement.

Deux écologies, deux cultures, deux visions, avons-nous titré : l’environnement est pluriel, et ces quelques pages veulent le faire bien saisir pour expliciter des choix et leurs raisons.

Bibliographie du texte

  • ALLAN MICHAUD (Dominique), Le Discours écologique, CEEH, Université de Genève/ Université de Bordeaux 1, 1979, 2 vol.
  • ALLAN MICHAUD (Dominique), L’Avenir de la société alternative, Paris, L’Harmattan, 1989.
  • CMED (Commission mondiale sur l’environnement et le développement, prés. Gro Harlem Brundtland), Our Common Future, Oxford Université Press, 1987 ; trad. fse Notre Avenir à tous, Montréal, Editions du Fleuve / Les Publications du Québec, 1988, 1989.
  • DROUIN (Jean-Marc), Réinventer la nature – L’écologie et son histoire, Paris, Desclée de Brouwer, 1991 ; éd. revue et corrigée, L’Ecologie et son histoire – Réinventer la nature, Paris, Champs Flammarion, 1993.
  • FOURNIER (Pierre), Y‘en a plus pour longtemps (textes choisis par Roland de Miller), Paris, Editions du Square, 1975.
  • JOLLIVET (Marcel), PAVE (Alain), « L’environnement : un champ de recherche en formation », in Natures-Sciences-Sociétés  (Recherches et débats interdisciplinaires),
    Paris, Dunod, 1993 (janvier), vol. 1, n° 1, pp. 6-20.
  • KI-ZERBO (Joseph), avec la collaboration de Marie Josèphe Beaud-Gambier,  Compagnons du soleil – Anthologie des grands textes de l’humanité sur les rapports entre l’homme et la nature, Paris, Fondation pour le progrès de l’homme / Editions Charles Léopold Mayer – La Découverte / Unesco, 1992.
  • LENOBLE (Robert), Histoire de l’idée de nature, Paris, Albin Michel / L’Evolution de l’humanité, 1969.
  • RIST (Gilbert), Le Développement – Histoire d’une croyance occidentale, Paris, Presses de Sciences Po, 1996.
  • SACHS (Ignacy), Stratégies de l’écodéveloppement, Paris, Economie et humanisme / Les Editions ouvrières, 1980.
  • SNES ( Syndicat national des enseignements du second degré), Enseigner l’environnement (Actes du colloque tenu à Paris les 15-16 janvier 1993), Paris, ADAPT, juillet 1993.
  • TORT (Patrick), sous la dir. de, Darwinisme et société, Paris, PUF, 1992.
  • TORT (Patrick), sous la dir. de, Dictionnaire du darwinisme et de l’évolution, Paris, PUF, 1996, 3 vol.
  • WAECHTER (Antoine), Dessine-moi une planète – L’écologie, aujourd’hui ou jamais, Paris, Albin Michel, 1990.
  • WORSTER (Donald), Nature’s Economy, 1977, Cambridge University Press, 1985 ; trad. fse Les Pionniers de l’écologie – Une histoire des idées écologiques, Paris,  Sang de la Terre, 1992, 1998.

Notes

1. Sur le statut scientifique, voir Jean-Marc Drouin, 1991, 1993 ; et
Patrick Tort, 1992, 1996.

2. Le Lexis Larousse de 1975 a situé vers 1970 l’apparition du
mot écologisme.

3. Comme le montrent nos travaux de recherche, menés depuis 1974. Le
mouvement est demeuré dans un brouillement idéologique qui
correspond à un syncrétisme inabouti. Depuis 1979, date à
laquelle nous proposions cette analyse qui tend, depuis sa
publication en 1989, à être de plus en plus adoptée et
reproduite, le courant politique n’aura pas progressé d’un
point de vue théorique. (Voir D. Allan Michaud, 1979, 1989.)

4. Ouvrage racontant l’histoire, le devenir de l’écologisme, l’aventure
de ses militants, des idées aux actions – (D. Allan Michaud, 1989).

5. Voir D. Allan Michaud, Le Discours écologique, 1979.

6. Voir P. Fournier, Y’en a plus pour longtemps, 1975.

7. Editorial de Biocoop Infos (été 2003) repris dans la revue Silence,
Lyon, novembre 2003, n° 303, dans un « Débat autour du commerce
équitable ».

8. Voir Ignacy Sachs, Stratégies de l’écodéveloppement, 1980.

9. Sur ces questions et sur la critique du contenu, se reporter à Gilbert
Rist, Le développement – Histoire d’une croyance
occidentale
, 1996.

  10. Malgré le choix de l’adjectif soutenable dans la traduction
française publiée à Montréal. Voir Commission mondiale sur
l’environnement et le développement, 1987.

 11. Donald Worster, Nature’s Economy, 1977 ; Cambridge University
Press, 1985 ; trad. fse Les Pionniers de l’écologie, 1992.

 12. Robert Lenoble, Histoire de l’idée de nature, 1969. Voir aussi la
belle anthologie de Joseph Ki-Zerbo, Compagnons du soleil,
1992.

13. Pour laquelle nous sommes redevables à Sara Desessard d’une assistance
technique intelligente et patiente.

What is the RME ? (in english)

The RME is a major french actor on documentation and archives on the environment (including ecologism, both from ONGs and political). The RME carries the Projet Mémoire de l’Environnement (Memory of the Environment Project), the main program launched in 2001 by the Fondation René Dumont. It became autonomous in 2003, and published a report, Pour une culture de l’environnement (For a culture of the environment) in 2003-2004.

The RME gathers today 23 centers of documentation and archives, specialized totally or partly in the environment, from sciences to militantism, for a total of more than a million documents. Some of the those centers are very important and play a strategic role (particularly the Centre d’Archives Contemporaines of the Archives Nationales of France). Two centers are located in Belgium (ETOPIA) and in Greece (Evonymos Ecological Library, or EEL). The RME, EEL and ETOPIA are fully part of the HISTECOLOGIA nertwork, founded in 2010. The RME is a coordination structure, recognized of public interest by the French State, and under agreement with the City of Paris.

RME/MDA (boîte n° 2) 15 passage Ramey 75018 Paris

memoire.environnement@voila.fr

Le Comité de parrainage du Réseau Mémoire de l’Environnement (en date du 18 mars 2018)

le PROJET

MÉMOIRE de l’ENVIRONNEMENT

COMITÉ DE PARRAINAGE

AGOSTINO Patrizia d’, critique d’art, essayiste (Rome). AMBROISE-RENDU Marc, journaliste, président d’honneur de la fédération Ile-de-France Environnement. ANGER Didier, président du Crilan de Basse-Normandie, cofondateur des Verts, ancien vice-président de la commission énergie au Parlement européen. ARTHUS-BERTRAND Yann, photographe et cinéaste, fondateur de la Fondation Vu du ciel, membre de l’Académie des beaux-arts de l’Institut de France. AUBERT Marie-Hélène, professeur-documentaliste, inspectrice générale de l’administration du développement durable (2016), ancienne conseillère auprès de la présidence de la République française pour les négociations internationales climat et environnement (2012), ancien député européen (France-Ouest), ancienne vice-présidente de l’Assemblée nationale (2001-2002). AUBERTIN Catherine, directeur de recherche (Economie), Institut de recherche pour le développement. BENESSAHRAOUI El Habib, ancien coordonnateur du plan de gestion stratégique de l’Organisation internationale de la francophonie, ancien directeur exécutif de l’Institut de l’énergie et de l’environnement de la francophonie (Québec). BERLAN-DARQUE Martine, chercheur (Sociologie), Institut national de la recherche agronomique, ancienne responsable des sciences sociales au service de la recherche du ministère de l’Environnement (1989-2005). BERNARD Michel, journaliste, cofondateur de la revue Silence, Lyon. BONNEUIL Christophe, chercheur (Histoire des sciences et des techniques), Centre national de la recherche scientifique, Ecole des hautes études en sciences sociales – Muséum national d’histoire naturelle. BOUZERAND Jacques, critique d’art, essayiste, ancien dirigeant de télévision. BURGUNDER Jean-Luc, journaliste, fondateur de la revue Ecologie, Montargis, ancien vice-président du conseil régional du Centre. CABELLO Marie-Pierre, présidente de la Société européenne des réalisateurs de l’environnement. CICOLELLA André, chercheur (Santé environnementale), Institut national de l’environnement industriel et des risques, président fondateur de la Fondation sciences citoyennes. COCHET Yves, ancien député européen, ancien député de Paris, ancien ministre de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement. COPPENS Yves, professeur (Paléoanthropologie et Préhistoire), Collège de France, membre de l’Académie des sciences, président de la commission d’élaboration de la Charte nationale de l’environnement (Constitution, 2005). CORVOL-DESSERT Andrée, directeur de recherche (Histoire), CNRS, Institut d’histoire moderne et contemporaine (Ecole normale supérieure de Paris), présidente du Groupe d’histoire des forêts françaises. CRAMER Ben, journaliste, écrivain, polémologue, animateur du blog Athena 21 sur la géopolitique et le développement durable. CRECY Nicolas de, dessinateur, auteur de bandes dessinées. DAJOZ Roger, professeur (Ecologie), Laboratoire d’écologie générale, MNHN. DEJEZ Danièle, consultante (Outils linguistiques). DELACOUR Christiane, bibliothécaire, ancienne responsable du fonds départemental Environnement urbanisme cadre de vie (Val- de-Marne), Bibliothèque George Sand, L’Hay-les-Roses. DELARUE Jean-Claude, président fondateur de la Fédération des usagers des transports et des services publics, fondateur de SOS Environnement. DENIS-LEMPEREUR Jacqueline, journaliste, administratrice de l’association Humanité & biodiversité, ancienne secrétaire générale du Comité français de la Décennie des Nations unies de l’éducation pour un sustainable development. DESBROSSES Philippe, agrobiologiste, expert consultant auprès de l’Union européenne (Sciences de l’environnement). DESESSARD Jean-François, journaliste scientifique. DESPLATS Nicolas, ancien directeur du Centre permanent d’initiatives pour l’environnement, pays d’Aix-en-Provence. DIOUF Abdou, ancien secrétaire général de l’Organisation internationale de la francophonie (2003-2015), ancien président du Sénégal (1981-2000). DROUIN Jean-Marc, professeur (Histoire et Philosophie des sciences), MNHN. DUBAIL Charles-Henry, directeur du groupe de presse Victoires-Editions, ancien secrétaire général de la Fédération nationale de la presse d’information spécialisée. DUFUMIER Marc, professeur (Agronomie), AgroParisTech, membre du comité de veille écologique (Fondation pour la nature et l’homme). FERRI Mireille, professeur (Histoire et Géographie), directrice générale de l’Atelier international du Grand Paris (2014), ancienne vice-présidente du conseil régional d’Ile-de-France, chargée de l’aménagement du territoire. FOSSATI Monica, conseillère scientifique (Sustainable development), directrice de la revue Ekwo. FOURNIER Danielle, journaliste, ancienne rédactrice à La Gueule Ouverte, journal fondé par l’initiateur de l’écologisme Pierre FOURNIER (1937-1973). FREMION Yves, journaliste, écrivain, ancien conseiller régional (Ile-de-France), ancien député européen. GERVEREAU Laurent, directeur de la documentation et du patrimoine culturel d’AgroParisTech, directeur du Musée du vivant. GRIFFON Michel, directeur de recherche (Agronomie), conseiller pour le développement durable auprès du directeur général du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement, président de l’Institut d’études du développement économique et social, université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne. JACCAUD Thierry, journaliste, rédacteur en chef de la revue L’Ecologiste. JAKUBEC Joel, théologien, éditeur (Georg, Genève). JOLLIVET Marcel, directeur de recherche (Sociologie), CNRS, directeur du GRS (université de Paris 10), corédacteur en chef cofondateur de la revue Natures Sciences Sociétés, ancien conseiller scientifique du programme environnement du CNRS. JOUVENEL Hugues de, directeur général du groupe Futuribles international, directeur-rédacteur en chef de la revue Futuribles. KAHN Annette, journaliste, écrivain. LALONDE Brice, président de l’association Business & Climate Summit, Sommet des entreprises pour le climat (août 2016), président de l’Académie française de l’eau (octobre 2016), conseiller honoraire pour le sustainable development du Pacte mondial des Nations unies, ancien coordonnateur exécutif de la conférence des Nations unies sur le sustainable development (2012), ancien ambassadeur de France chargé des négociations sur le changement climatique (2007-2010), fondateur de Génération écologie, ancien ministre de l’Environnement. LATOUCHE Serge, essayiste, professeur (Economie), université de Paris 11. LEBRETON Philippe, professeur (Biologie végétale), université Claude Bernard – Lyon 1. LEPAGE Corinne, avocate, présidente de CAP 21, ancien député au Parlement européen, ancien ministre de l’Environnement. LETOURNEUX François, président de l’UICN France/Union mondiale pour la nature, ancien directeur de la protection de la nature au ministère de l’Environnement, ancien directeur du Conservatoire du littoral. LONSDALE Mickael, homme de théâtre. MANTIENNE Bernard, président de l’Office français de la Fondation pour l’éducation à l’environnement en Europe, ancien maire de Verrières- le-Buisson (Essonne), ancien sénateur. MARTIN FERRARI Dominique, journaliste, directrice de la chaîne Internet-TV Gaia-Network.com, fondatrice de l’association Solidarité forêts. MATAGNE Patrick, professeur (Epistémologie et Histoire des sciences), Institut universitaire de formation des maîtres, Nord-Pas-de- Calais. MAYO Carine, journaliste, ancienne présidente de l’association des Journalistes et écrivains pour la nature et l’écologie (JNE). MONCEAU Cédric du, économiste, premier échevin au conseil communal d’Ottignies-Louvain-la-Neuve (Belgique), ancien directeur général de la Fondation WWF-France. MORIN Edgar, directeur de recherche (Sociologie), CNRS, essayiste, président fondateur de l’Association pour la pensée complexe. NICOLINO Fabrice, journaliste à Charlie Hebdo, essayiste. NICOLON Alexandre, chercheur (Sociologie), CNRS, Centre international de recherche sur l’environnement et le développement. NOUALHAT Laure, journaliste. PACCALET Yves, journaliste, essayiste, ancien conseiller régional (Rhône- Alpes). PASSET René, professeur (Economie), Centre Economie espace environnement, université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne, président d’honneur de l’association ATTAC. PIECHAUD Jean-Pierre, urbaniste, vice-président de 4D. PIERRAKOS Hélène, critique musical, essayiste. POIVRE D’ARVOR Patrick, journaliste, présentateur de télévision, écrivain. RAFFIN Jean-Pierre, professeur (Ecologie), président du Rassemblement pour une Europe écologiste, président d’honneur de France Nature Environnement, ancien député européen. RAULIN CERCEAU Florence, chercheur (Histoire de l’exobiologie), MNHN. RICARD Patricia, présidente de l’IOPR, animatrice des Mardis de l’environnement. RIOU Charles, directeur de recherche (Bioclimatologie), INRA. ROUILLE D’ORFEUIL Henri, chercheur (Agronomie, Economie), CIRAD, président de Coordination Sud. SAINT-MARC Philippe, avocat, secrétaire général de la Société internationale de recherche pour l’environnement et la santé, conseiller maître honoraire à la Cour des comptes. SERALINI Gilles-Eric, professeur (Biologie moléculaire), Laboratoire de biochimie IBFA (université de Caen), président du conseil scientifique du CRII-GEN, Comité de recherche et d’information indépendantes sur le génie génétique. SERET Bernard, chercheur (Ichtyologie), IRD-MNHN. SOUCHON Christian, professeur (Didactique des disciplines – Biologie et Education à l’environnement), université de Paris 7, directeur-animateur du groupe EDEN, DIRES (Didactique innovation recherche en éducation scientifique). TENDRON Georges, ancien sous-directeur au MNHN chargé de la direction du service de conservation de la nature, ancien président du Comité européen de sauvegarde de la nature et des ressources naturelles. THEYS Jacques, responsable du Centre de prospective et de veille scientifique (ministère de l’Equipement), professeur associé, EHESS. THOMAS Jacques, bibliothécaire, fondateur et ancien président du Festival du livre et de la presse d’écologie (2003-2013). TORT Patrick, professeur (Epistémologie, Histoire des sciences biologiques et humaines), MNHN, directeur scientifique de l’Institut Charles Darwin international. VADROT Claude-Marie, journaliste, ancien président des JNE. VELOT Christian, enseignant-chercheur (Génétique moléculaire), université de Paris-Sud. VOYNET Dominique, inspectrice générale de l’administration des affaires sociales (2014), ancien maire de Montreuil, ancien membre du Parlement européen, de l’Assemblée nationale et du Sénat, ancien ministre de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement. WAECHTER Antoine, directeur de cabinet d’études (Ecologie), président fondateur du Mouvement écologiste indépendant, ancien conseiller régional (Alsace), ancien député européen. WEIL Alain, directeur de l’innovation et de la communication du CIRAD. WHITE Kenneth, écrivain, professeur (Poétique du 20ème siècle), université de Paris-Sorbonne, président fondateur de l’Institut international de géopoétique. WIEGANDT Caroline, directrice adjointe de la documentation à Radio France, ancienne directrice des services et des réseaux de la Bibliothèque nationale de France, ancienne présidente de l’Association des professionnels de l’information et de la documentation (ADBS).

In Memoriam

ANTOINE Serge (1927-2006), inspirateur de l’action administrative française relative à l’environnement (DATAR, ministère…), membre fondateur du RME. AUSSEDAT Nicole (1954-2018), chargée de mission à la Fondation américaine Pew Charitable Trusts. BECHMANN Roland (1919-2017), architecte, fondateur de la revue Aménagement et Nature. CABUT Jean dit CABU (1938-2015), dessinateur de presse. CARLIER Jean (1922-2011), journaliste, vice-président d’honneur de l’association des Journalistes et écrivains pour la protection de la nature et l’écologie. HERVÉ Alain, journaliste, écrivain, fondateur des Amis de la Terre et de la revue Le Sauvage. MOSCOVICI Serge (1925-2014), directeur d’études (Psychosociologie), EHESS, essayiste. MOUSEL Michel (1930-2020), fondateur et président d’honneur de 4D, ancien président de l’ADEME, ancien président de la Mission interministérielle de l’effet de serre, ancien président du Comité français pour la conférence des Nations unies sur le sustainable development (Johannesburg, 2002). PAQUET-DUMONT Charlotte (1934-2013), essayiste, militante d’ONG (rapports Nord-Sud et développement), collaboratrice – coauteur de plusieurs livres – de l’agronome tiers-mondiste et écologiste René DUMONT (1904-2001). PELT Jean-Marie (1933-2015), professeur (Biologie végétale et Pharmacognosie), université de Metz, président de l’Institut européen d’écologie, ancien directeur de la faculté d’ethnopharmacie de Nancy. REVOL Jean (1929- 2012), peintre, essayiste. ROCARD Michel (1930-2016), ambassadeur de France chargé des négociations internationales relatives aux pôles Arctique et Antarctique, ancien membre de l’Assemblée nationale et du Sénat, ancien ministre (Plan et Aménagement du territoire ; Agriculture), ancien premier ministre. RUELLAN Alain (1931-2012), professeur (Science du sol), Ecole nationale supérieure agronomique de Rennes, ancien directeur général de l’IRD. SAMUEL Pierre (1921-2009), professeur (Mathématiques), université de Paris-Orsay, président d’honneur des Amis de la Terre. SWARTE Alain de (1925- 2009), journaliste, fondateur de la revue Combat Nature. SOURNIA Gérard (1946-2016), géographe, ancien délégué régional de l’UICN pour l’Afrique de l’Ouest, ancien directeur de l’UICN France/Union mondiale pour la nature. VEIL Simone (1927-2017), membre de l’Académie française, ancien ministre de la Santé (1974-1977), ancien ministre d’Etat (Affaires sociales, Santé et Ville), ancienne présidente du Comité français pour l’environnement, première présidente du Parlement européen (1979-1982).

Présentation du Réseau Mémoire de l’Environnement (RME)

RÉSEAU MÉMOIRE DE L’ENVIRONNEMENT

1 MILLION DE DOCUMENTS

23 CENTRES DE RESSOURCES

 

Le Réseau Mémoire de l’Environnement est un organisme reconnu d’intérêt général par l’Etat, conventionné et subventionné par la Ville de Paris, parrainé par une centaine de personnalités notamment scientifiques. Le RME réunit plusieurs grands établissements publics et une dizaine d’associations, il regroupe une vingtaine de centres de documentation ou d’archives et de bibliothèques comprenant plus d’un million de documents sur l’environnement naturel et social. Le Réseau a été créé en décembre 2003 pour porter le Projet Mémoire de l’Environnement lancé en 2001.

 LE PROJET, LES MOYENS. Il s’agit de développer, à Paris, en Île-de-France et au-delà, l’offre de documentation, d’information et d’éducation relatives à l’environnement naturel et social, de l’histoire à l’actualité, en mobilisant le plus grand nombre d’acteurs compétents et concernés. Il s’agit en même temps de valoriser des fonds documentaires et des fonds d’archives peu exploités, et de sauver ceux menacés de disparition. Chaque année une vingtaine de milliers de documents fait l’objet de transferts. Outre des apports ou des échanges concernant une vingtaine de bibliothèques existantes, membres du RME, il a été contribué à la création de bibliothèques spécialisées (deux en préfiguration). Le Réseau a complété entre autres des fonds de la Bibliothèque nationale de France, du ministère de l’Ecologie, du Développement durable, des Transport et du Logement ; il contribue aux archives du Centre international de recherches sur l’écologie du Musée du Vivant. Le projet est aussi de participer au débat public à partir de ces bases, et ce au moyen de diverses interventions et partenariats. Le RME est coorganisateur du Festival du livre et de la presse d’écologie, sociétaire des Editions des Récollets, et avec plusieurs partenaires, il organise chaque année plusieurs projections de films avec débats. Il produit ou coproduit, et diffuse sur son site web des films-témoignages consacrés à des personnalités de l’histoire de l’environnement.

 

LES PARTENAIRES. L’organisation culturelle et scientifique qu’est le RME a choisi de mobiliser les acteurs sociaux concernés, avec l’adhésion de grands établissements publics (AgroParisTech, Archives nationales, CIRAD, UniverScience), et d’associations dont plusieurs importantes (Centres d’animation parisiens Abbesses-La Chapelle, Collectif Coopérations Natures Sociétés, 4D), ainsi que de collectivités locales (Fond Environnement du Val-de-Marne, Ville de l’Haÿ-les-Roses). Le Réseau est partie prenante d’autres réseaux (Réseau international sciences sociales et environnement, Réseau patrimoine du vivant et écologie rattaché à un réseau international de l’ICOM-UNESCO, Ecology and Sustainable Development Network, Histecologia : réseau de recherche en histoire de l’écologie contemporaine). Il est membre fondateur de l’International Ecological Archives (Berlin, 2011).

RME/MDA (boîte n° 2) 15 passage Ramey 75018 Paris
memoire.environnement@voila.fr