Archives de Catégorie: Histoire de l’écologie

Projection-débat sur les débuts du mouvement anti-nucléaire en France le 17 mars à 19 h

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Le Réseau Mémoire de l’Environnement (RME) et le Centre d’Animation des Abbesses vous convient le lundi 17 mars 2014 à 19 heures à une projection-débat sur les débuts du mouvement anti-nucléaire en France.

Cette projection-débat aura lieu au Centre Les Abbesses, 10 passage des Abbesses – 75018 PARIS.
http://equipement.paris.fr/centre-d-animation-les-abbesses-1154

Yvonne Mignot-Lefebvre et Michel Lefebvre, fondateurs du collectif Vidéo 00, présenteront deux de leurs films : Bugey-cobayes (1971) et Flamanville-Erdeven : chroniques de la lutte antinucléaire (1975).

Entrée gratuite, sur réservation, en envoyant un email à
contactabbesses@yahoo.fr
Pour toute information complémentaire, contactez Philippe DELACROIX au 06 19 21 54 83

Bugey-cobayes

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Les 10 et 11 juillet 1971, une marche pacifique face à la centrale nucléaire du Bugey, dans l’Ain, avait réuni 15 000 à 20 000 personnes. Le groupe Vidéo 00 était présent et a filmé ces deux journées exceptionnelles. Un témoignage unique. A notre connaissance, ce sont les seules images filmiques disponibles. Et notons les interviews de Jean Pignero, de Pierre Fournier et de Alexandre Grothendieck, l’étrange assemblage aux origines du mouvement antinucléaire français.

Bugey marque le décollage en France de la contestation contre l’ « atome pacifique » et, au-delà, selon la formule de Fournier, « le coup d’envoi de la révolution écologique ».

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Bugey, manifestation du 10 juillet 1971 – Photo Christian Weiss

Flamanville-Erdeven : chroniques de la lutte antinucléaire

Ce film réalisé par Vidéo 00 et les Cents fleurs introduit une dimension comparative entre deux sites choisis par EDF : Flamanville dans le Cotentin et Erdeven en Bretagne. Dans les deux cas, des comités se sont constitués pour s’opposer au projet de centrale nucléaire et défendre une certaine idée du bonheur qui ne se réduirait pas à l’augmentation continue du nombre de kw/heures.

Mais il existe dans les deux situations une grosse différence qui renvoie à la sociologie. À Flamanville, la population est majoritairement ouvrière et les usines commencent à fermer ; celle d’Erdeven, composée d’agriculteurs et de pêcheurs, est fortement attachée à son terroir et à la culture bretonne. Les résultats des deux référendums vont refléter ces réalités. Pour les ouvriers de Flamanville, la centrale c’est du travail assuré pour plusieurs années. Ce sera OUI. Pour les paysans d’Erdeven, c’est le reflux prévisible des touristes et la menace d’une catastrophe écologique majeure. Ce sera NON.

La dernière partie présente, de l’extérieur, le centre de retraitement des déchets radioactifs de La Hague (notons que la CFDT a refusé de participer au tournage, les positions de la direction du syndicat n’étant pas encore fermement établies). Les témoignages de quelques techniciens évoquent le problème des doses quotidiennes et celui de la surveillance de ces déchets pouvant aller de quelques années à plusieurs dizaines de milliers d’années.

Flamanville… nous en connaissons les suites. Erdeven… aucune centrale n’a pu être construite.

La richesse des formes d’action, que l’on retrouve aujourd’hui dans toutes les grandes luttes écologiques est frappante : information des citoyens documentée et rigoureuse, fêtes, comités scientifiques actifs, liens avec la presse écologique, exigence de referendums, relations avec les mouvements sociaux et avec les organisations professionnelles…

Extraits d’un texte de Laurent Samuel (présent à Bugey 01)

Fin mai, Pierre Fournier lance dans « Charlie Hebdo » un appel pour un rassemblement, fixé au 10 juillet suivant, contre le réacteur de Saint-Vulbas. Une manif baptisée « Bugey 01.

Dessinateur de grand talent, Fournier réalise aussi l’affiche de « la grande fête populaire, face à l’usine atomique ». Il y cite les statistiques du physicien américain Ernest Sternglass, concluant à un accroissement des leucémies autour des réacteurs nucléaires américains.

Le rassemblement du Bugey est soutenu par l’APRI, ainsi que par deux organisations fondées l’une et l’autre, à quelques jours de distance, en juillet 1970 : Survivre et les Amis de la Terre. Créés par le journaliste Alain Hervé, les Amis de la Terre sont la « branche » française de Friends of The Earth, mouvement lancé en 1969 aux Etats-Unis par David Brower. Quant au groupe Survivre, il a été fondé par le mathématicien Alexandre Grothendieck. Au départ, Survivre est issu des réflexions de Grothendieck et de deux de ses collègues matheux, Roger Godement et Claude Chevalley, contre la militarisation de la recherche scientifique.

Mais, malgré les efforts de Fournier et de Grothendieck, seuls quelques scientifiques soutiennent le rassemblement du Bugey. En dehors des mathématiciens de Survivre, le Pr Etienne Wolff du collège de France, le naturaliste Théodore Monod, le biologiste Philippe Lebreton, et Jean Rostand sont parmi les rares à s’engager. Il est frappant de noter qu’aucun physicien nucléaire connu ne participe au mouvement !

« Bugey 01 » se révèle un grand succès, avec 12 000 à 15 000 participants selon la presse et la télévision. La météo est au beau fixe et de nombreux manifestants se baignent nus, donnant au rassemblement des airs de Woodstock français. Après une marche de 7 à 8 km « sous un soleil assassin » (selon la formule de Cavanna).

Dès le lendemain, une réunion antinucléaire rassemble une cinquantaine de participants, dont Jean Pignero, Alexandre Grothendieck, Esther Peter-Davis, Jean-Jacques Rettig et Désiré Mérien. La présence de cet animateur du groupe Nature et Vie illustre la présence des adeptes des médecines naturelles et de l’alimentation biologique (sujet alors aussi tabou que la pollution radioactive) dans la constitution du mouvement antinucléaire.

Un anniversaire : 9 octobre 1963, les 2160 morts du barrage italien du Vajont

Entretien avec Charlotte Paquet-Dumont

Le Réseau Mémoire de l’Environnement (RME) a initié la réalisation de films-témoignages avec des « grands témoins » et des « grands acteurs » de l’histoire de l’écologie et de l’écologisme, et des politiques officielles de l’environnement. Voici un entretien avec Charlotte Paquet-Dumont, décédée le 6 janvier 2013, veuve du célèbre agronome qui fut en 1974 le premier candidat des écologistes à une élection présidentielle.

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50 ans après la publication par René Dumont de « L’Afrique noire est mal partie ! » : Quel Bilan, quelles leçons, quels espoirs ? – 15 et 16 novembre 2012, Paris

Cinquante ans après la publication par René Dumont de « L’Afrique noire est mal partie ! » : Quel Bilan, quelles leçons, quels espoirs ?

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15 et 16 novembre 2012 à Paris

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La Fondation René Dumont a pris l’initiative, en liaison avec AgroParisTech, le CIRAD, l’AFD et RFI, de célébrer le cinquantième anniversaire de la publication du célèbre ouvrage de René Dumont « l’Afrique noire est mal partie ! ». La manifestation comprendra deux événements :

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•    Un séminaire, organisé le 15 novembre 2012 au Jardin tropical de Paris-René Dumont  (RER A : Station Nogent-sur-Marne), où le célèbre professeur a été étudiant puis enseignant. Le séminaire comprendra quatre parties dédiées respectivement à l’histoire de l’agriculture africaine, de ses acteurs et de ses organisations, à la contribution de l’agriculture et de la forêt à la gestion des terroirs africains, à l’évolution des techniques agricoles, forestières et agro-industrielles et à la place de l’agriculture dans le développement économique de l’Afrique noire. Un appel à communications a été lancé fin octobre 2011. Les propositions seront examinées à partir du 15 mars 2012 par un comité scientifique présidé par le Professeur Marc Dufumier.
Ce séminaire rassemblera une centaine de participants, partenaires africains compris. L’Agence Universitaire de la Francophonie organisera des interactions par visioconférences avec des campus numériques d’universités africaines et RFI d’autres interactions via son site et ses réseaux sociaux.

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• Une matinée, ouverte au public le 16 novembre 2012, permettra à de hautes personnalités africaines de débattre de l’impact et de la pertinence (ou de l’impertinence) du message de René Dumont. Ils pourront réagir aux conclusions du séminaire du 15 novembre et donner leurs visions de l’agriculture africaine et de sa place dans le développement de l’Afrique.
A l’occasion de cet anniversaire, les éditions du Seuil rééditeront l’ouvrage de René Dumont, préfacé par le Président A. Diouf.
D’autres actions pourront être organisées dans le cadre de cet anniversaire. D’ores et déjà, le Musée du vivant propose de présenter une exposition photographique l’Afrique derrière les images dans le Pavillon de l’Indochine du Jardin Tropical, en liaison avec la Mairie de Paris. Par ailleurs Paul Kleene présentera son ouvrage, Paroles de vétérans. Nous souhaitons également que certaines initiatives africaines se traduisent par quelques événements supplémentaires.

Ainsi, nous espérons que cette célébration du cinquantième anniversaire de la publication de L’Afrique noire est mal partie par René Dumont sera un moment d’échanges, de mémoire et, surtout, d’espoirs.

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  1. Appel à communications : Première annonce
  2. Présentation du colloque

Bibliothèque Historique du Jardin d’Agronomie Tropicale

DOMAINE DE COMPETENCE ET ROLE DE LA BIBLIOTHEQUE

La Bibliothèque Historique du Jardin d’agronomie tropicale est l’une des bibliothèques du Cirad (Centre de Coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le Développement), dépendant de la Direction de l’Innovation et de la Communication de cet établissement.

Cette bibliothèque dispose d’un fonds unique en France sur les thèmes de l’agronomie tropicale et du développement agricole et agro-industriel des anciennes colonies qui constituaient l’Empire français, depuis la fin du XIXe siècle, jusqu’à l’aube des indépendances.

Ce patrimoine culturel est mis à la disposition des historiens, agronomes, économistes et sociologues intéressés par cette période de notre histoire. Il est aussi du devoir de la France, aujourd’hui, de le faire partager avec les nations qui se sont trouvées, bien malgré elles, impliquées dans ce processus d’expansion coloniale.

Bien que spécialisée en agriculture dans les anciennes possessions de la France d’outre-mer, la bibliothèque dispose encore de ressources documentaires de qualité pour ce qui concerne l’élevage et la foresterie de ces régions. Elle dispose également d’informations nombreuses sur l’ensemble des pays de la zone intertropicale, notamment sur ceux qui constituaient le domaine des autres puissances coloniales de l’époque.

SITUATION

 La Bibliothèque Historique est située en lisière du Bois de Vincennes, dans l’actuel Jardin d’agronomie tropicale, qui fut le Jardin colonial au début du XXe siècle.

 Suite au grand retentissement que connut l’Exposition coloniale de Marseille en 1906, et surtout grâce à l’initiative de son directeur, J.-T. Dybowski, le Jardin colonial organisera sur son site une nouvelle exposition coloniale en 1907. C’est de cette époque que datent les bâtiments « exotiques » encore présents dans le parc. Ce qui fut la Salle d’exposition permanente, construite dans le prolongement du Pavillon de l’Indochine, abrite aujourd’hui la Bibliothèque historique d’agronomie tropicale.

 Le Jardin est un havre de paix qui s’étend sur 4,8 hectares, mais c’est aussi un lieu de mémoire pour les soldats des troupes coloniales de toutes origines, morts pour la France durant la Grande Guerre.

 Depuis quelques années, le Jardin abrite un campus géré par le Cirad et sur lequel sont établis plusieurs établissements d’enseignement ou de recherche, ainsi que des organisations non-gouvernementales.

 HISTOIRE DE LA BIBLIOTHEQUE

 Vieille de plus d’un siècle, l’histoire de la Bibliothèque se confond avec celles du Jardin colonial et de l’Ecole nationale supérieure d’agriculture coloniale.

 A la fin du XIXe siècle, comparée aux autres grandes puissances coloniales de l’époque, notamment les Pays-Bas et l’Angleterre, la France accuse un grand retard en matière de mise en valeur agricole de ses possessions territoriales d’outre-mer.

 Pour y remédier, le ministère des Colonies décide en 1899 la création d’un Jardin colonial, chargé de coordonner les activités des jardins d’essais disséminés dans les différents pays constituant l’Empire colonial français, et de leur fournir le matériel végétal et les recommandations nécessaires pour les expériences d’acclimatation.

 Dès 1902, l’Ecole nationale supérieure d’agriculture coloniale est adjointe au Jardin, chargée de former les cadres des services agricoles de l’administration coloniale.

 La Bibliothèque est constituée dès cette époque, et son fonds va continuellement s’enrichir au fil des années, du fait de l’accent mis sur la qualité de l’enseignement agronomique dispensé sur le site du Jardin colonial. En effet, en 1921, l’Ecole d’agriculture et le Jardin colonial fusionnent pour devenir l’Institut national d’agronomie coloniale (INAC), établissement prestigieux d’où sortiront les plus remarquables ingénieurs français d’agronomie tropicale de l’époque, parmi lesquels René Dumont.

Les instituts de recherche agronomique spécialisés par plante commencent à être créés dans les années 40 (IRHO, IFAC, puis IRCT et IFCC…). Le dernier institut créé en 1960 est l’Institut de recherches agronomiques tropicales pour les cultures vivrières (IRAT), qui s’installe dans le Jardin colonial. Le ministère de la France d’outre-mer, devenu ministère de la Coopération, va alors lui confier la gestion du fonds de la bibliothèque de l’ancien INAC. En 1984, le Cirad hérite de la responsabilité de cette gestion.

 CONSTITUTION DU FONDS

Dès 1901, le Jardin colonial publie une revue spécialisée : « l’Agriculture pratique des pays chauds – Bulletin du Jardin colonial et des jardins d’essai des colonies françaises ». Cette revue mensuelle paraîtra ensuite sous la direction d’un comité constitué de notabilités du Muséum d’histoire naturelle de Paris, à partir de juillet 1913.

A cette date, le Jardin colonial éditera alors une nouvelle revue mensuelle : « l’Agronomie coloniale – Bulletin mensuel du Jardin colonial », puis, à partir de 1922, « Bulletin mensuel de l’Institut national d’agronomie coloniale ». La revue paraîtra jusqu’en 1939. Elle revivra en 1946, sous le titre : « l’Agronomie tropicale ».

 L’échange de ces revues avec les grands périodiques agricoles des autres puissances coloniales de l’époque, telles que le Royaume-Uni, les Pays-Bas, la Belgique, mais aussi le Portugal, l’Italie, l’Allemagne, les Etas-Unis et le Japon, permit à la bibliothèque de se constituer un fonds documentaire international en matière d’agronomie tropicale.

 D’autre part, grâce à la tutelle du ministère des Colonies (qui deviendra le ministère de la France d’outre-mer en 1945), la bibliothèque a pu bénéficier tout au long de son histoire d’une sorte de « dépôt légal » des publications officielles des organismes et services dépendant du ministère de tutelle.

Enfin, la bibliothèque s’est enrichie de dons provenant de célèbres agronomes tels que Emile Prudhomme ou André Angladette, ou provenant de bibliothèques telles que celle du Musée des Arts d’Afrique et d’Océanie.

 PRESENTATION DU FONDS

 Le fonds documentaire de la bibliothèque est constitué de plusieurs types de documents :

 – Les Ouvrages (3 500 volumes, 70 mètres linéaires) : le Jardin colonial ayant eu vocation d’enseignement dès 1902, les ouvrages sont tout d’abord d’intérêt général en matière d’agronomie tropicale. Très rapidement, la bibliothèque va se spécialiser et se procurer un fonds d’ouvrages français et étrangers important sur les cultures tropicales : botanique des plantes, techniques de cultures, techniques de transformation, étude économique de la filière-plante.

La documentation ne se limite pas aux seules expériences françaises en la matière, de nombreux ouvrages traitent des produits tropicaux des colonies belges, britanniques, néerlandaises…

Le fonds des ouvrages comporte également de nombreux documents à caractère botanique (flores), géographique (atlas coloniaux), administratif ou économique sur les colonies françaises.

 – Les Brochures (5 000 volumes) : ce sont des documents édités de moins de 100 pages correspondant à des rapports scientifiques, techniques ou économiques, non publiés dans des revues. Les brochures constituent un fonds documentaire de grand intérêt.

 – Les Actes de congrès et de conférence (350 volumes) : la bibliothèque dispose des actes des congrès internationaux d’agriculture tropicale qui se sont tenus à Paris (1905), à Bruxelles (1910), à Londres (1914), à Séville (1929), à Anvers (1930), à Paris (1931). Les expositions coloniales ont été l’occasion de congrès coloniaux, à Marseille en 1906 par exemple. Les communications faites au cours des congrès constituent une source d’informations de très grande qualité.

– les Documents de « littérature grise » (1 000 titres) : ce sont des documents non édités, dactylographiés et certains manuscrits, correspondant à des rapports de mission ou de stages, des monographies, des documents de synthèse …

Certains sont de peu d’intérêt scientifique mais de grande valeur historique.

– Les Collections de Périodiques (600 collections, 300 mètres linéaires soit environ 15 000 volumes pour une année de périodique égale à 1 volume) : elles constituent des sources d’informations de grande valeur, quelle que soit la nature ou l’esprit de la collection. Les périodiques comprennent des informations de natures diverses : articles (résultats de recherche souvent), données statistiques, informations d’ordre administratif, cours des produits, notes de lecture…

Les collections françaises sont, soit des publications éditées par des associations scientifiques ou professionnelles, des sociétés savantes, ou encore des institutions coloniales, soit des périodiques spécialisés en agronomie tropicale, soit des périodiques publiés dans les colonies françaises (Indochine, Madagascar, Afrique occidentale française…), soit encore des revues « typiquement » coloniales telles que « l’Expansion coloniale », « La Quinzaine coloniale », la « Revue internationale des produits coloniaux ».

La bibliothèque possède également de nombreuses collections de périodiques étrangers : « l’Agronomie tropicale », publiée par la Société d’études d’agronomie tropicale de Bruxelles, le « Bulletin agricole du Congo belge », publié par le ministère des Colonies de Belgique, les bulletins publiés par le Royal Botanic Garden de Kew en Grande-Bretagne, le « Philippine Agricultural Review » édité à Manille durant la présence américaine…

 – les Publications des Services officiels (1 300 titres) : ce sont les rapports qui émanent directement des services de l’agriculture des gouvernements généraux des diverses colonies. Ces rapports, notamment ceux émanant des stations d’expérimentation agricole, constituent eux aussi une source d’informations extrêmement précises sur le fonctionnement des services coloniaux, sur les moyens dont ils disposaient, sur les résultats qu’ils obtenaient, sur les objectifs qu’ils s’étaient définis. Ils permettent également de suivre le parcours d’une plante, depuis son introduction jusqu’à son développement en grande culture… ou son abandon.

 – les Documents Iconographiques (4 500) : la bibliothèque dispose d’une collection importante (plusieurs milliers) de clichés sur « plaques de verre », ou « sur papier ». Ces clichés ont été en partie numérisés et sont consultables sur la base de données « Agritrop » du Cirad.

 Une autre source iconographique provient des revues illustrées de la presse coloniale de l’époque : « La Dépêche coloniale illustrée », « Le Monde colonial illustré », … mais aussi de certaines collections de revues spécialisées, riches en illustrations.

 La Bibliothèque Historique dispose encore de nombreuses bibliographies, d’annuaires statistiques et commerciaux.

EXPLOITATION DU FONDS

Les domaines traités

Le fonds peut être consulté par trois entrées : zone géographique, production végétale, domaine d’intervention.

 Les pays et zones géographiques

 L’Empire Colonial Français s’étendait sur les régions intertropicales et subtropicales des quatre continents : Afrique et océan Indien, Asie, Océanie, Amérique.

La bibliothèque dispose également d’informations nombreuses sur les possessions territoriales des autres nations colonisatrices : Royaume-Uni, Belgique, Pays-Bas, Italie, Allemagne, Portugal, Etats-Unis, Japon.

 Les plantes

Des informations scientifiques, techniques, agroéconomiques existent à la bibliothèque sur la totalité des spéculations agricoles de la zone tropicale.

PLANTES VIVRIERES

CEREALES :

Riz , Maïs , Sorghos & Mils

LEGUMINEUSES

Arachide, Soja , …

TUBERCULES :

Manioc , Igname , Taro & Macabo

PLANTES MARAICHERES

FRUITS & AGRUMES

Agrumes, Banane , Ananas , …

PLANTES INDUSTRIELLES

PLANTES TEXTILES :

Coton , Sisal , Dah

PLANTES SUCRIERES :

Canne à sucre , Palmiers à sucre

PLANTES STIMULANTES :

Café , Cacao , Thé , Tabac

PLANTES OLEIFERES :

Palmier à Huile

PLANTES A LATEX :

Hévéa & diverses lianes à caoutchouc

AUTRES PLANTES ECONOMIQUES

Plantes à Parfum, Plantes Médicinales , …

 

 Les domaines d’intervention

Le thème principal de la bibliothèque est la mise en valeur agricole des colonies, protectorats et territoires sous mandat qui constituaient l’Empire Colonial Français.

Plusieurs domaines d’intervention peuvent être pris en compte.

1

Mise en place & Organisation des Services d’Agriculture de l’Administration Coloniale

+ organismes professionnels

2

Enseignement Technique & Scientifique Colonial

En France et dans les colonies

3

Encadrement, Formation, Vulgarisation des techniques & Diffusion de l’information

4

Travaux d’Amélioration des connaissances du Milieu

Inventaires floristiques

Cartographie & Atlas

Missions d’identification, de reconnaissance, …

Travaux Pédologiques

Etudes Sociologiques

5

Travaux d’ Acclimatation, de Recherche & d’Expérimentation

5.1

Plantes Industrielles & Commerciales

5.2

Cultures alimentaires régionales

6

Travaux d’Etudes & Projets de Développement d’une Spéculation Agricole

6.1

Techniques de transformation des produits (agro-industrie)

6.2

Amélioration des conditions de vie des Populations (cultures vivrières)

7

Etudes Economiques & Commerciales des productions

 

 

Inventaire et enregistrement du fonds

Inventaire du fonds : les bases en accès local

 L’exploitation du fonds passe obligatoirement par sa connaissance exhaustive, et donc par son inventaire.

Dans cet esprit, des bases de données en accès local ont été constituées, à partir des fichiers manuels existants (la présence effective du document référence est vérifiée), puis complétées par les références des documents localisés dans les autres bibliothèques du Cirad à Montpellier.

Ainsi, ont été créés 16 « bases-plantes » (ananas, arachide, banane, cacao, café, canne à sucre, cocotier, coton, dattier, hévéa, oléagineux, palmier, quinquina, tabac, textiles, thé) et 8 « bases-pays » (Indochine, Madagascar, Algérie, Maroc, Tunisie, AEF, AOF, Dom-Tom).

A ce jour, plus de 10 000 documents imprimés et 1 400 clichés sur plaques de verre ont été répertoriés, auxquels il faut ajouter 1 000 communications lors de congrès et 1 600 articles de périodiques.

Catalogage informatisé et alimentation de la base Agritrop du Cirad

Une partie importante du fonds de la Bibliothèque d’Agronomie tropicale et d’Agriculture coloniale a fait l’objet d’un catalogage informatisé permettant d’alimenter Agritrop, la base de données bibliographiques du Cirad consultable sur le site Internet du Cirad :

– l’ensemble des intitulés des collections de périodiques, des rapports d’activités, des actes de congrès, des atlas et des flores,

– une partie des ouvrages, des descriptifs des clichés sur plaque de verre, des documents de « littérature grise ». Les brochures, les articles de périodiques et les communications faites lors de congrès, à de rares exceptions près, n’ont pas encore été entrés dans la base.

 Numérisation des documents iconographiques

 Pour être exploités et protégés, une partie des clichés sur plaques de verre (800) et quelques images papier ont été numérisés. Un partie importante des plaques de verre (2 000 environ) restent à numériser, ainsi que certaines images papier à sélectionner.

 VALORISATION DU FONDS : ACTIONS EN COURS ET A DEVELOPPER

 Accueil du public

La bibliothèque est ouverte au public (tous les jours de 9h00 à 12h00, sur rendez-vous en dehors de ces horaires), pour permettre la consultation des documents ainsi que l’interrogation des bases de données en accès local.

 Appui documentaire

L’accès aux recherches historiques thématiques (agronomie, enseignement, législation, …) est facilité par un appui documentaire personnalisé. L’appui documentaire s’exerce aussi par la réponse aux demandes à distance : recherches de renseignements d’ordre bibliographique, biographique, scientifique, demandes de photocopies et de documents (prêt intra-Cirad).

 Participation à des expositions

Elle prend la forme de l’apport de documents, imprimés et iconographiques, et d’expertise scientifique : inaugurée à l’occasion du Salon international de l’agriculture de 2006 sur le thème du coton, la participation de la Bibliothèque Historique est reconduite au Salon de 2007 sur les thèmes du cocotier et du palmier à huile.

 Création d’un site Internet propre

La création d’un site Internet propre, ou d’un site hébergé dans un portail existant ou tout autre portail créé autour d’un thème fédérateur, est envisagée. Pour une meilleure visibilité du fonds, les bases de données thématiques, à ce jour en seul accès local, pourraient ainsi être consultables à distance.

 Travail en réseau et en partenariat

Avec d’autres bibliothèques, centres de recherche, établissements publics et organismes divers ayant des fonds de même nature, le travail en partenariat, déjà commencé, se poursuit (voir liste des partenaires en annexe).

La Bibliothèque Historique a intégré le Réseau Patrimoine du vivant et écologie en juillet 2006 : animé par l’INA-PG et constitué d’écoles d’enseignement supérieur, d’instituts de recherche et de musées, ce réseau a pour ambition de permettre de nombreuses collaborations sur les plans patrimonial et scientifique, notamment à l’occasion de la mise en place du Musée du Vivant par l’Agro Paris Tech, nouvel établissement public à caractère scientifique, culturel et professionnel. La bibliothèque a également adhéré au Réseau Mémoire de l’environnement en janvier 2007.

 Nogent-sur-Marne, le 26 janvier 2007

LES PARTENAIRES DE LA BIBLIOTHEQUE HISTORIQUE DU CIRAD

 Académie d’Agriculture

Académie des Sciences d’Outre-Mer

Agence Universitaire de la Francophonie

Agro Paris Tech

Association amicale des anciens élèves du Centre National d’Etudes Agronomiques des régions Chaudes

Centre Alexandre Koyré, Centre de Recherche en Histoire des Sciences et des Techniques (CNRS-MNHN-Cité des sciences et de l’Industrie)

Centre d’étude d’Afrique noire (Institut d’Etudes politiques de Bordeaux)

Centre d’étude des mondes africains – UMR 8171 (CNRS – Université Paris 1 – EPHE – Université de Provence)

Chambre de Commerce et d’Industrie de Marseille-Provence

Cité Nationale de l’Histoire de l’Immigration

Documentation française (La) – Centre de documentation France-Europe-Monde

Ecole des hautes études en Sciences Sociales – Bibliothèque du Centre d’études africaines (CEAF)

Ecole d’Ingénieurs Agro-Développement International (ISTOM) – Centre de documentation

Ecole Nationale Supérieure du Paysage – Centre de documentation et Potager du Roi

Fondation nationale des sciences politiques – Bibliothèque (« Bibliothèque de Sciences Po »)

Institut de Recherche et de Développement (IRD) – Centre de Bondy (Centre de documentation)

Institut National Agronomique Paris-Grignon – Service commun de documentation

Institut National de la Recherche Agronomique (INRA) – Département SAE2, Unité Agropédoloclimatique de la zone Caraïbe – Documentation

Musée de Nogent-sur-Marne

Muséum national d’histoire naturelle

Office national des forêts – Documentation technique

Réseau Mémoire de l’environnement

Société des Amis de la Bibliothèque historique du Jardin tropical de Paris

Société Française d’Histoire de l’Outre-Mer

Université Paris I – Bibliothèque de recherches Africaines

Université Paris VII – Denis-Diderot, laboratoire SEDET/CNRS (UMR 2683)

Ville de Nogent-sur-Marne

« A boire et à manger pour Eva » : un article de Jean-Luc Porquet sur la campagne Dumont dans « le Canard »

Dans le Canard Enchaîné du 1er février 2012, Jean-Luc Porquet nous convie à un retour sur la campagne présidentielle de René Dumont en 1974.

Ci-dessous, son article, qu’il nous a permis de reproduire. Précision : Brice Lalonde et Georges Krassovky n’étaient pas les seuls à être allés chercher Dumont à Orly. Pierre et Laurent Samuel, ainsi que Jean Carlier, étaient également présents.

Le décès de Josette Benard, pionnière de l’écologie en France

par Laurent SAMUEL

 

Après Gilbert Simon la semaine dernière, c’est une autre figure respectée de l’écologie en France, Josette Benard, qui vient de disparaître.

 

Josette Benard – D.R.

Josette Benard est morte le mercredi 6 février. Elle était âgée de 82 ans. Dès 1968, cette agrégée de biologie avait fondé le Crepan (Comité Régional d’Étude pour la Protection et l’Aménagement de la Nature en Basse-Normandie), qui avait lutté contre les rejets de phosphogypse en Baie de Seine, et dont elle était toujours Présidente d’honneur. Josette fut aussi l’un des membres fondateurs et l’un des piliers de France Nature Environnement (FNE).

Cette militante de « terrain » s’était également investie en politique. Elle fut ainsi conseillère municipale de Caen, et, de 1992 à 1998, conseillère régionale Génération Ecologie de Basse-Normandie.

Tous ceux qui la connaissaient appréciaient sa compétence, sa ténacité, son désintéressement… et son sens de l’humour.

Les obsèques de Josette Benard seront célébrées samedi 11 février, à 10 h, à l’abbatiale Saint-Etienne, à Caen.

Le RME adresse ses condoléances à sa famille et à ses proches.

Ci-dessous, le faire-part paru dans le Monde du 10 février 2012.

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Cet article est aussi paru sur le site des JNE et sur le Blog Planète de Laurent Samuel.

Pierre Fournier avant René Dumont, pour « la nouvelle gauche écologique »

Pour beaucoup de jeunes (et moins jeunes…) lecteurs, ce livre sera une révélation. Fournier, précurseur de l’écologie, qui vient de paraître aux éditions Les Cahiers Dessinés, nous plonge en effet dans une période généralement occultée de l’histoire de l’écologie politique dans notre pays : le début des années 1970.

par Laurent Samuel

Beaucoup de «spécialistes» situent en effet la naissance de l’écologie politique en 1974, avec la candidature de l’agronome René Dumont à l’élection présidentielle, voire, pour les plus ignares d’entre eux, à la création du Parti des Verts en 1984.

Pourtant, c’est entre 1969 et 1974 qu’ont été jetés les prémices de ce mouvement, grâce principalement à un personnage hors du commun, que ce livre contribue à faire connaître et à réhabiliter : Pierre Fournier. Les auteurs, Danielle Fournier, sa veuve, et Patrick Gominet, historien et enseignant, ont rassemblé une belle sélection de ses textes et de ses dessins, enrichis de photos d’époque et de textes rétrospectifs sur son histoire personnelle et sur celle du mouvement écologique alors naissant.

Il faut saluer cette publication, car il n’existait auparavant que peu de travaux sur Pierre Fournier. Tout juste « les années Fournier » avaient-elles fait l’objet d’un chapitre de l’Histoire de la révolution écologiste (Yves Frémion, éditions Hoebeke, 2007). Auparavant, l’oeuvre de Fournier avait été longuement étudiée dans une recherche universitaire de Dominique Allan Michaud, aujourd’hui président du RME (Le Discours écologique, universités de Genève et Bordeaux 1, 1979, 1082 p.).

Pierre Fournier, une culture initiale d’hygiénisme et de végétarisme

Avec une culture initiale d’hygiénisme et de végétarisme, Fournier sera sensible dès le début des années 1960 aux menaces pesant sur la santé et par suite sur la vie, plus qu’à la « défense de l’environnement » contre la « pollution » – des mots et expressions qu’il n’aimait guère et qu’il renverra volontiers au ministère de l’Environnement après sa création en 1971.

Secrétaire administratif à la Caisse des dépôts et consignations, il y a découvert un aménagement destructeur du territoire et de son passé; dessinateur hors pair, il frappe en 1966 à la porte du mensuel Hara Kiri, qui publie bientôt ses dessins, puis ses textes, signés Jean Nayrien Nafoutre de Séquonlat. Lassé du Vietnam et autres thèmes dans lesquels il voit un gauchisme de convention, il leur préfèrera l’alimentation naturelle et les dangers de la radioactivité sous toutes ses formes. Une autre thématique qu’il va bientôt recouvrir du terme d’ « écologauchisme ». Ce sera quand Pierre Fournier intégrera l’équipe de Hara-Kiri Hebdo *, créé en février 1969, dans la foulée de Mai 68. Dans le numéro 13, daté du 28 avril 1969, Fournier y parle pour la première fois dans des termes très forts de la crise écologique. Ci-dessous, un fac-similé de cet article.

Un texte fondateur, que Fournier reprendra dans le « premier et dernier éditorial » de La Gueule Ouverte, « son » mensuel qui voit le jour en novembre 1972, quelques mois avant son décès dû à une malformation cardiaque, le 15 février 1973, à l’âge de 35 ans.

En juillet 1971, Fournier rassemble 15 000 personnes contre la centrale nucléaire du Bugey

Comme le montre le livre de Danielle Fournier et Patrick Gominet, Fournier ne s’est pas contenté de sensibiliser la génération 68 à des thèmes (l’écologie, le nucléaire, l’agriculture biologique…) alors négligés par la presse et les partis politiques. Il a aussi contribué à jeter les bases du mouvement écologique en France, en étant l’un des organisateurs du premier grand rassemblement antinucléaire dans notre pays, en juillet 1971 au Bugey, face à l’une des premières « usines atomiques » françaises. Grâce à la caisse de résonance de Charlie Hebdo, qui tirait alors à 150 000 exemplaires, près de 15 000 personnes avaient participé à cette manifestation festive.

Dès 1972, Pierre Fournier s’interroge sur l’opportunité de présenter des candidats écologistes aux élections. L’un de ses amis, Jean Pignero, fondateur dès 1962 de l’Association contre le danger radiologique qui deviendra l’APRI (Association pour la protection contre les rayonnements ionisants), avait déjà tenté en vain de réunir les signatures nécessaires pour se présenter à la présidentielle de… 1965. Le programme de cette autre figure oubliée de l’écologie était basé sur la protection de l’environnement et de l’alimentation…

Henri Jenn, premier candidat écologiste de l’histoire électorale française aux législatives de mars 1973

Au début des années 70, Pierre Fournier est en contact avec les écologistes alsaciens qui, après avoir organisé la toute première manif antinucléaire en avril 1971 à Fessenheim sous l’impulsion d’Esther Peter-Davis et Jean-Jacques Rettig, présenteront le premier candidat écologiste de l’histoire électorale française, Henri Jenn (avec Solange Fernex comme suppléante), aux législatives de mars 1973.

Parallèlement, ce journaliste, devenu militant contre son gré, est membre de l’AJPNE (Association des journalistes pour la protection de la nature et de l’environnement). Avant les législatives de 1973, cette association (aujourd’hui JNE) organise un débat sur l’environnement et la protection de la nature avec les représentants des principaux partis politiques. Jean Carlier, le journaliste de RTL qui a animé cette table-ronde, et ses confrères de l’association, dont Claude-Marie Vadrot, qui travaille à la fois à l’Aurore (très à droite) et à Politique Hebdo (extrême-gauche), sont atterrés par l’indigence des politiques sur ces sujets cruciaux. D’où l’idée d’une candidature écologiste à la prochaine présidentielle, que ces journalistes savent imminente en raison de l’état de santé (alors caché au public) de Georges Pompidou.

De leur côté, les Amis de la Terre, créés en 1970 et animés depuis 1972 par un certain Brice Lalonde, envisagent aussi une telle candidature. Les deux initiatives convergeront en avril 1974, peu après le décès du Président Pompidou, lors d’une réunion tenue rue du Commerce, dans les locaux des Amis de la Terre. Y participent l’AJPNE, le Comité antinucléaire de Paris et le mouvement Combat pour l’Homme de Georges Krassovsky. Après le refus de Théodore Monod et de Philippe Saint-Marc, suggérés par Jean Carlier, Brice Lalonde propose alors le nom de René Dumont, qui avait publié en 1973 un livre retentissant, L’Utopie ou la Mort.

René Dumont, « pionnier » de l’écologie : une idée fausse

Avec ce livre, comme il l’expliquera lui-même, Dumont a voulu « vulgariser les thèses écologistes ». Car en fait, s’il a parfois été qualifié de « précurseur » de l’écologie, de pionnier, c’est, comme le soulignera son biographe Jean-Paul Besset (René Dumont, une vie saisie par l’écologie, éditions Stock, 1992), un « titre usurpé – que le professeur ne revendique même pas ». Agronome productiviste, il ne s’inquiétait guère jusqu’alors de l’écologie scientifique, et n’a joué aucun rôle, tant sur le plan théorique que sur le plan organisationnel, dans l’émergence à partir de celle-ci d’une écologie politique, contrairement à d’autres scientifiques. Il se verra même félicité par Jean Carlier, qui contribuera à le propulser comme candidat à l’élection présidentielle en 1974, d’être « un scientifique qui reconnaît qu’il s’est trompé ». Non sans problèmes parfois, comme une controverse en 1974 avec des militants, par ailleurs scientifiques, sur l’assèchement des marais; il y avait eu aussi une dispute avec Pierre Rabhi sur l’agriculture biologique, vis-à-vis de laquelle René Dumont était à l’origine très sceptique.

En fait, René Dumont paraissait en 1974 un peu comme Eva Joly en 2011-12, un corps étranger – mais qui s’est vite intégré – dans le milieu écologiste. La crainte de l’extérieur était aussi une promesse d’ouverture.

La suite appartient à l’histoire… On ne saura jamais ce que Pierre Fournier penserait, s’il revenait parmi nous, de l’évolution des grandes ONG, de l’action des élus locaux écologistes, des candidatures d’Eva Joly, Corinne Lepage ou Jean-Luc Mélenchon et des débats entre Verts et socialistes sur la « sortie du nucléaire ». Mais une chose est certaine : pour cet esprit iconoclaste qui pestait contre le noyautage des premiers comités antinucléaires par les gauchistes et faisait référence (critique) à des auteurs classés à l’extrême-droite comme Alexis Carrel ou Günther Schwab, l’écologie, bien que « fille » des mouvements contestataires des années 1960, n’avait pas vocation « naturelle » à se ranger a priori dans le camp de la gauche bien-pensante… mais plutôt à faire naître, à incarner, selon l’expression de Fournier, la « nouvelle gauche écologique », non sans un regard vers l’anarchisme.

Une idée et un clin d’oeil dont ne sera pas forcément si éloigné l’« écosocialisme » d’un René Dumont. Mais de quelle politique s’agit-il, quand Pierre Fournier appelle de ses voeux la réconciliation de la culture et de la nature ?

* Devenu ensuite l’Hebdo Hara-Kiri.

Une première version de ce texte a été publiée sur le site le + du Nouvel Observateur.