Décès de Bruno Barillot

Le RME salue la mémoire de Bruno Barillot décédé il y a quelques mois (9 avril 1941-25 mars 2017).

Il était de ces militants ayant accepté des responsabilités administratives : dirigeant, de 2009 à 2013, puis à partir de juillet 2016, la Délégation polynésienne pour le suivi des conséquences des essais nucléaires (DSCEN).

Il avait été cofondateur en 1984 du Centre de documentation et de recherche sur la paix et les conflits (CDRPC), lequel a créé en octobre 1994 l’Observatoire des transferts d’armements.

000934646Bruno Barillot aura publié divers essais, dont Les Irradiés de la République (Groupe de recherche et d’information sur la paix, 2003). Celui édité en février 1996 par le CDRPC, Les Essais nucléaires français 1960-1996 (Conséquences sur l’environnement et la santé), avec une intéressante préface du physicien Charles Noël Martin, reste une référence historique.

Que ses proches trouvent ici l’expression de nos condoléances.

Disparition de Simone Veil

Décédée le 30 juin 2017, Simone Veil était membre du comité de parrainage du RME. Nous publions ci-dessous deux lettres qu’elle avait envoyées à notre Président, Dominique Allan-Michaud.

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Simone Veil en 1984 – photo Rob C. Croes / Anefo — Nationaal Archief – Wikipedia

C’est avec beaucoup de tristesse que le RME a appris la disparition de  décédée le 30 juin 2017. Elle aurait eu bientôt 90 ans.

Femme de courage et de conviction, rescapée de la Shoah, cette juriste est surtout connue pour la fameuse loi sur l’interruption volontaire de grossesse auquel son nom est attaché (loi votée en novembre 1974 et promulguée en janvier 1975).

Parmi toutes les importantes fonctions qu’elle a eu à remplir, il en est une moins souvent citée : elle avait été présidente pendant plusieurs années du Comité français pour l’environnement. C’est à ce titre qu’elle intervenait au ministère de l’Ecologie, le 4 octobre 2006, parmi celles et ceux appelés à rendre hommage à Serge Antoine, dont le nom était donné à une salle de conférence. Le président du RME, Dominique Allan Michaud, intervint aussi au cours de cette journée pour saluer la mémoire de l’un des fondateurs du Réseau (et auteur de ses statuts) : un des derniers projets auxquels il a associé son nom. C’est pour le RME mais aussi en son nom personnel comme chercheur pour le ministère, devenu tel à la demande de Serge Antoine plus de 25 ans auparavant, qu’il intervenait.

A la suite de ce jour, Simone Veil allait accepter de rejoindre dans notre comité de parrainage, des personnalités qui elles aussi avaient agi avec Serge Antoine et qui d’ailleurs étaient là le 4 octobre 2006 (Philippe Saint-Marc, Roland Bechmann, Jacques Theys…) ; et d’autres qui dans leur action ont eu à le connaître et à l’apprécier (les anciens ministres Brice Lalonde, Corinne Lepage) ; et des journalistes parmi les anciens de cette aventure (Marc Ambroise-Rendu, Claude-Marie Vadrot).

Nous reproduisons ci-dessous la lettre d’acceptation de Simone Veil, simple et charmante. Et aussi un autre courrier fort courtois qu’en 2008 elle adressait au président du RME pour s’excuser de ne pouvoir participer à un travail de réflexion lancé par le Réseau, compte-tenu d’un autre travail de réflexion (sur la Constitution) que lui avait confié le président Sarkozy…

Une grande dame a disparu, dont le RME espère qu’elle rejoindra les « Grands Hommes » du Panthéon.

A sa famille et à ses amis, le RME fait part de sa profonde tristesse.

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Législatives 2017 en France

*« Chambre introuvable » de Macron * Près d’un million de voix écologistes * « Synthèse du socialisme et de l’écologie » de Hamon

 

par Dominique ALLAN MICHAUD

 

 

« Chambre introuvable » : l’expression a été beaucoup citée à propos de la majorité promise au président Macron par le premier tour des élections législatives, le 11 juin 2017. Il faudra quelques jours pour que soient retrouvés et la situation politique qui avait donné naissance à l’expression et son auteur présumé : Louis XVIII (1755-1824), revenu en France pour une Restauration, et voulant réconcilier la France de la royauté, la France de la Révolution et la France de l’Empire. Les élections d’août 1815 avaient composé une Chambre « plus royaliste que le roi », autre expression du moment : une majorité en France absolue de monarchistes dont un nombre élevé d’anciens émigrés, avec des députés « ultras » prêts à donner le la mais pas dans le sens de la réconciliation. La Chambre sera dissoute l’année suivante. D’introuvable, elle était devenue incontrôlable.

 

 

Curieusement, le rapprochement avait été fait en février 2015… à propos des « frondeurs » du Parti socialiste et de la difficulté d’un vote en première lecture à l’Assemblée nationale, celui du « projet de loi pour l’activité et l’égalité économiques » dit « projet de loi Macron » (du nom du ministre de l’Economie). Il avait été fait alors que le gouvernement Valls faisait face à une majorité ne voulant ni le soutenir ni le démettre.

 

 

Nous ne sommes plus en 2015, et encore moins deux cents ans plus tôt, en 1815, même si Emmanuel Macron paraît vouloir restaurer une pompe quasi monarchique, et vouloir réconcilier la France de droite, la France de gauche et la France du centre. Avait-il en tête le souvenir d’une de ces années, lorsqu’il décréta que les « marcheurs » des législatives de 2017 devaient préalablement lui engager leur fidélité par un écrit garantissant le vote de ses futurs projets de loi ? L’initiative est neuve, et ne va pas sans faire se poser des questions par rapport à la garantie de liberté assurée aux représentants du peuple. Yannick Jadot ira jusqu’à juger l’initiative anti-constitutionnelle.

 

 

Le mouvement En Marche a senti le danger et mesuré les risques. Un « marcheur » candidat dans la deuxième circonscription des Hauts-de-Seine, Adrien Taquet, dira après le premier tour que le président aurait certainement à cœur d’assurer à ses députés des marges de liberté pour leur permettre d’exprimer leur personnalité. Et le premier député de Paris élu dès le premier tour, Sylvain Maillard, de surenchérir que la volonté du président était d’éviter toute fronde sur les « grands projets » en laissant toute latitude à sa majorité d’exprimer ses diverses sensibilités sur les autres sujets… Le premier de ces militants était l’auteur du slogan En Marche, et le second un porte-parole du mouvement pour l’élection présidentielle. Yann Wehrling, porte-parole du parti allié de François Bayrou, le MoDem (Mouvement démocrate), ajoutera que sur les thèmes non essentiels débats et controverses seraient bienvenus dans la majorité absolue de l’Assemblée nationale. Un exemple cité sera celui du bien-être animal. Serait-ce du mauvais esprit que de supposer que le bien-être ouvrier, lui, ne devrait souffrir aucun débat ?…

 

 

Avec cette sorte de serment de fidélité à un président « jupitérien », la nouveauté du nouveau régime saute d’autant moins aux yeux que cette sorte de monarchie présidentielle semblait précisément à beaucoup ce qui mine l’organisation de la vie démocratique en France. Et ce d’autant plus qu’un rêve de monarchisme vire aisément à la réalité du caporalisme.

Les trois militants dont nous avons rapporté des propos abondamment répandus entre les deux tours des élections législatives, en ont tenu d’autres également intéressants, sur le renouvellement des idées et des pratiques tel qu’ils le voient. Adrien Taquet, parlant d’un « renouveau idéologique » qui n’a pas eu lieu au PS, a conclu que « ce qui a manqué, peut-être », c’est Dominique Strauss-Kahn : un souvenir personnel, puisque sa présentation par le mouvement En Marche évoquait « mon engagement, (…) suivre Dominique Strauss-Kahn pendant deux ans, pour contribuer à renouveler la gauche ». Un engagement loin d’être unique, qui fut aussi celui de Benjamin Griveaux, porte-parole pour l’élection présidentielle puis candidat à la députation.

 

 

Ce « renouveau idéologique » aurait-il pu ne pas avoir pour nom le libéralisme ou même le capitalisme ? Les années Mitterrand déjà avaient vu cette tentation s’illustrer au PS. L’amour de l’entreprise exprimé pendant le quinquennat Hollande par des ministres issus du PS rejoignait bien l’intention, et cela explique sans doute largement des hésitations dans ce parti à soutenir le projet de rupture de Benoît Hamon, hésitations allant jusqu’au soutien à Emmanuel Macron.

 

 

Sylvain Maillard, quant à lui, se présente comme entrepreneur avec l’intention de ne pas abandonner entièrement son entreprise pour les bancs de l’Assemblée (mais est-ce bien légal ?) : il entend y rester, à Argenteuil, un jour par semaine. Qu’est-ce qui caractériserait un « député Macron », lui demande la chaîne de télévision CNews (13/06/2017). Par avance, une étude des candidatures En Marche avait répondu qu’entrerait à l’Assemblée une « bourgeoisie diplômée et libérale » (Cevipof). La différence avec la situation antérieure, estimera Sylvain Maillard, c’est qu’ « il vient pour faire ». Grande nouvelle, et grande nouveauté ! Il aurait donc fallu attendre l’arrivée à la Chambre du dirigeant d’une entreprise d’import-export de composants électroniques, et d’autres chefs d’entreprise avec lui, pour qu’y apparaisse le désir de travailler au bien commun de la société, de « faire ». Voilà ce que c’est que la « société civile »

 

Une telle fraîcheur, pour ne pas dire naïveté, surprendrait de la part d’un néophyte en politique… elle stupéfie de la part d’un ancien militant – et élu local – de partis de droite et du centre, devenu membre du bureau politique de l’UDI (Union des démocrates et indépendants) avant de rejoindre le comité politique de la République En Marche.

 

 

Revenons à un homme politique d’une autre origine : Yann Wehrling, porte-parole du MoDem… après avoir été secrétaire national des Verts (2005-2006). Reçu le 13 juin 2017 par CNews, il sera amené à envisager trois éléments : l’organisation d’un écologisme ; les conditions d’une politique environnementale ; le système électoral. « Il faudra recomposer l’écologie politique en France. » Se félicitant de la présence de Nicolas Hulot au gouvernement, il fait ce pari : « Ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de Verts [à l’Assemblée nationale] que l’on ne peut pas faire d’écologie au gouvernement. » Il réaffirmera enfin la revendication d’un système électoral en tout ou partie proportionnel. Sur ces points, l’actualité apporte des éclairages intéressants.

 

 

Recomposer l’écologisme ? Benoît Hamon, le soir de sa défaite dans sa circonscription des Yvelines (à 80 voix près), réaffirmait son choix de candidat à l’élection présidentielle, en faveur de « ce qui sera la synthèse du socialisme et de l’écologie ». Quelques jours avant le premier tour, interrogé par BFM-TV, il avait déclaré qu’« on a besoin de reconstruire la gauche », et pour ce faire appelé à la création d’une « pièce centrale », un « nouveau mouvement » ; « un nouveau parti ? », demanda Jean-Jacques Bourdin : « Peut-être », concluait Hamon en donnant rendez-vous aux militants et sympathisants, sur la pelouse de Reuilly, le 1er juillet prochain.

 

A propos de la présence de Nicolas Hulot au gouvernement, et surtout de ce qu’il pourrait y faire, beaucoup d’acteurs et de commentateurs s’interrogent, de Yannick Jadot à Stéphane Foucart. Ce dernier, chroniqueur au Monde, pose la question du « rapport énigmatique du nouvel hôte de l’Elysée à la question environnementale », revenant sur son « imperméabilité à peu près totale à ces questions » (13/06/2017). Du côté d’Europe Ecologie-Les Verts, Cécile Duflot déclarait avant les élections (qu’elle allait perdre) : « J’ai tout à fait confiance en Nicolas Hulot. » Yannick Jadot annonçait pour sa part que Hulot, c’est une « promesse » et pas une « garantie » : « Il lui faut des députés écolos pour l’épauler. »

 

 

Les électeurs n’ont pas suivi cette recommandation, dans la quasi-totalité des circonscriptions (y compris celles attribuées par le PS au parti écologiste). Et ce compte non tenu de quelques circonscriptions concédées à des écologistes indépendants par la République En Marche, candidats dont les scores relèvent de la « vague Macron ». Et pourtant… le ministère de l’Intérieur reconnaît aux écologistes un score non négligeable, assez proche du bas de la fourchette des chiffres d’élections antérieures : 973 835 voix, soit 4,30 % des suffrages exprimés. La France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon, voulue écologiste, réunit de son côté 2 497 663 voix, soit 11,02 % des suffrages exprimés. Si l’on rangeait LFI dans l’écologisme, le résultat global irait même jusqu’à 3 471 513 voix (15,32 % des exprimés). Ce dernier chiffre évoquerait alors le haut de la fourchette des scores écologistes français. Mais sans doute serait-ce aller trop loin ? (Le PS se voit reconnaître 7,44 % des suffrages exprimés avec 1 685 808 voix.)

 

 

Comment expliquer alors que l’édition spéciale du Monde parle des « scores désastreux de l’écologie politique » (Stéphane Foucart), des « écologistes renvoyés à l’âge de la pierre » (Alain Beuve-Méry, 13/06/2017) ? Le quotidien du soir ne crédite les écologistes que de 2,92 % des suffrages exprimés pour 660 807 voix. Comment expliquer cette différence avec les chiffres du ministère de l’Intérieur ? C’est certainement parce que le quotidien distingue les résultats d’EE-LV de ceux d’autres petits partis de l’écologisme (Alliance écologiste indépendante, Génération écologie, Mouvement écologiste indépendant…), voire d’« écologistes » sans étiquette plus précise : il y en avait dans un grand nombre de circonscriptions, pouvant être en concurrence avec EE-LV, et même plusieurs en concurrence dans la même circonscription. Probablement leurs résultats se retrouvent-ils, avec ceux d’autres candidats, dans les « divers » du Monde : 857 026 voix, 4,19 % des suffrages exprimés. Toujours est-il qu’indépendamment d’un phénomène de division (relative) de l’écologisme, et d’un phénomène de dispersion (réelle) de candidatures en partie explicable par une diversion (possible) au moyen de pseudo-écologistes, il s’est bien trouvé un nombre non négligeable d’électeurs, bien répertoriés par le ministère de l’Intérieur, pour soutenir les idées de l’écologisme.

 

 

La proposition d’une part de proportionnelle, plus ou moins importante, promesse du candidat Macron à l’élection présidentielle, et approuvée par le premier ministre du premier gouvernement, Edouard Philippe, est annoncée. C’est certes le serpent de mer de la Ve République, disparaissant sitôt qu’il est apparu, mais sait-on jamais… Quand Le Monde renvoie les écologistes « à l’âge de (la) pierre », c’est pour constater qu’ils n’auraient aucun élu ou réélu aux élections législatives de 2017, sous réserve de deux ballottages dont un favorable. Le quotidien parle de « maturité » pour leur participation à des gouvernements, sans rappeler que celle-ci a été conditionnée par des accords préélectoraux avec un parti dominant, une obligation faute de proportionnelle ouvrant droit à la représentation de petits partis ; la comparaison du journal avec les « aînés d’outre-Rhin » n’a donc pas autant de sens qu’il y paraît. En creux, elle rappelle que souvent les écologistes sont envisagés en France essentiellement comme force électorale d’appoint ; faut-il s’étonner que la formation EE- LV ait été entraînée dans la débâcle du PS dont elle était un des « alliés » ? Les écologistes ont émergé politiquement beaucoup plus sûrement dans les pays où la proportionnelle est inscrite dans le système électoral. Toute comparaison qui oublie cet aspect essentiel n’aide pas à comprendre la spécificité française… ni les résultats électoraux.

 

 

Qu’en serait-il en France avec une dose plus ou moins importante de proportionnelle, ou une proportionnelle intégrale ? Quand Yann Wehrling était reçu par CNews et y parlait proportionnelle, il s’était vu présenter, ainsi que les téléspectateurs, une simulation de la composition politique de l’Assemblée nationale telle qu’elle aurait été après le premier tour en cas de proportionnelle intégrale : aucun député écologiste n’y apparaissait, ce qui pourrait paraître étrange avec près d’un million de suffrages (4,30 % des exprimés). Une autre simulation avec une part de proportionnelle faisait apparaître 7 « autres » députés… La première simulation, rediffusée vingt minutes plus tard, étonnait d’ailleurs un autre présentateur avec les 31 députés prêtés au PCF : « plutôt La France Insoumise », supposait-il. La difficulté médiatique à concevoir indépendamment les écologistes apparaissait dans une autre simulation présentée plus tard par une autre chaîne de télévision, France Info : 80 députés y étaient promis à l’ensemble PS-PRG-DVG-EELV.

 

 

Dans le débat à faire naître, l’identité écologiste ne serait pas moins à préciser que l’identité socialiste, ainsi que leurs rapports dont l’histoire à partir de 1974 pourrait contribuer à expliquer la crise du PS. Il y aurait à dire sur les rencontres d’idées, sans oublier le refus de certaines. Nous aurons l’occasion d’y revenir ; il suffit à présent, pour ces propos d’entre-deux-tours, d’énoncer que le fait de postuler plus ou moins soudainement la synthèse comme l’ont fait Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon, de l’accepter plus ou moins confusément comme l’ont fait Yannick Jadot et d’autres, ne saurait suffire.

 

 

L’auteur

Dominique Allan Michaud, chercheur en sociologie politique dans des UMR du CNRS (université de Paris X, puis Ecole normale supérieure) ; spécialiste de l’écologisme auquel il consacre des recherches depuis 1974, expert du ministère en charge de l’environnement ; président-fondateur du Réseau Mémoire de l’Environnement (2003), organisme reconnu d’intérêt général regroupant quatre grands établissements publics et une vingtaine de bibliothèques et centres d’archives.

 

Contact

memoireenvironnement@net-c.com

 

 

Site

https://reseaumemoireenvironnement.wordpress.com/

 

 

D. A. M.

Le mouvement écologiste vu par Serge Moscovici en 1977 : « le péril vert ? »

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Voici la transcription des interventions de Serge Moscovici lors d’une table-ronde organisée par Le Sauvage, publiées dans le N° 43 de ce magazine. Cette table-ronde réunissait aussi – autour d’Alain Hervé, rédacteur en chef du Sauvage – Michel Bosquet (alias André Gorz), Michel Izard, Alain Touraine et Brice Lalonde. Le titre général de ce numéro, en date  du 1er juillet 1977, était : Tout ce que vous voulez savoir sur l’écologie sans jamais oser le demander. Quarante ans plus tard, l’analyse de Serge Moscovici reste très actuelle !20170407121401251Mosco 2

L’implication de Serge Moscovici dans les mouvements écologistes

Voici le texte de l’intervention de Laurent Samuel lors du Colloque international en hommage à Serge Moscovici qui avait lieu les 16 et 17 mars 2017 à la Maison de l’Amérique latine, à l’initiative de la Fondation Maison des Sciences de l’Homme, de l’université Sorbonne Paris Cité, et de ses deux fils Denis et Pierre. Ce colloque scientifique a rassemblé plusieurs dizaines de chercheurs de très nombreux pays. Dans son allocution de clôture, Edgar Morin a fustigé les écologistes politiques d’aujourd’hui, qui, selon ses termes « n’ont pas lu Moscovici car ce sont des incultes ! ».

Colloque Mosco

 

C’est au cours de l’été 1972 que Serge Moscovici (qui a publié son Essai sur l’Histoire humaine de la nature quatre ans auparavant) s’engage pour la première fois dans une forme de militantisme écologique en participant à la réalisation et à la présentation dans les campagnes françaises d’une expo photographique itinérante. Sur le thème « écocide = ethnocide », cette exposition crée un parallèle visuel entre la destruction de l’environnement et des modes de vie des Indiens d’Amérique du Sud et des paysans français. Aussi connue sous le titre « Occitanie, Amazonie, même combat », cette expo réunit, aux côtés Serge Moscovici et le documentariste Yves Billon, deux personnages hors du commun : le mathématicien Alexandre Grothendieck (fondateur du mouvement Survivre avec deux autres mathématiciens, Claude Chevalley et mon père Pierre Samuel), mort par un étonnant coup du destin trois jours avant « Mosco » en novembre 2014, et l’ethnologue Robert Jaulin, l’un des premiers à utiliser le terme d’ethnocide. dans le sens d’« acte de destruction d’une civilisation » ou « acte de décivilisation ». « Je me suis engagé avec Robert Jaulin, qui venait de publier un ouvrage sur l’ethnocide, dans la création d’UV pirates et on a constaté que beaucoup de gens étaient sensibles à ces questions. Puis, la création de l’UER d’ethnologie a fait venir beaucoup de monde », racontait Serge Moscovici dans un entretien avec Stéphane Lavignotte (militant écologiste et pasteur) publié en 2000 dans le N° 1 de la revue EcoRev’. L’implication d’ethnologues et de mathématiciens dans la genèse du mouvement écologiste français mériterait de faire l’objet d’une réflexion approfondie.

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Entre 1973 et 1977, Serge Moscovici est parmi les quelques rares intellectuels qui fréquentent les Amis de la Terre, qui sont alors la principale force de réflexion et d’action du mouvement écologiste naissant. On le retrouve dans des réunions informelles et tardives chez Brice Lalonde, rue de l’Université, qui héberge alors l’association, où se croisent aussi Kouchner, Bizot, Morin et bien d’autres. En 1973, il publie une tribune à la gloire du vélo dans le N° 3 du Sauvage, et en 1976 un texte plein d’humour dans la Gueule Ouverte sur une prétendue « conspiration verte » alors dénoncée par le Journal du Dimanche.

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En 1977, Serge Moscovici franchit un nouveau pas dans l’engagement en figurant sur une liste Paris Ecologie aux élections municipales dans le 13e arrondissement, en compagnie de quelques autres pionniers comme Laurence Bardin, Jean-Paul Ribes ou Dominique Simonnet. En 1978, il est l’un des auteurs, avec Brice Lalonde et René Dumont, du livre Pourquoi les écologistes font-ils de la politique ? (aux éditions du Seuil) coordonné par Jean-Paul Ribes.

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Dans les années suivantes, il fera régulièrement partie des comités de soutien des candidats écologistes (notamment celui de Brice Lalonde à la présidentielle de 1981) et acceptera parfois de participer à des listes, comme celle de Génération Ecologie aux régionales de 1992, où il figure symboliquement en dernière position.

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Adhérent « historique » des Amis de la Terre et membre du comité de parrainage du RME (Réseau Mémoire de l’Environnement), Serge Moscovici, bien que partisan d’une convergence d’idées entre écologistes et socialistes, n’a jamais fait partie du Parti des Verts. A l’évidence, cet esprit libre, dont on ne soulignera jamais assez l’extrême gentillesse, préférait les mouvements sociaux aux manœuvres d’appareils. C’est sans doute la raison pour laquelle aucun responsable important d’EELV n’était présent à son enterrement en novembre2014, alors que nombre de ministres et anciens ministres socialistes, dont Lionel Jospin, Manuel Valls et Marisol Touraine, avaient fait le déplacement, sans hélas que leur « logiciel » politique se soit durablement imprégné de la « plume verte » (pour reprendre l’expression d’un intervenant du colloque) de Serge Moscovici, comme c’est aussi le cas pour son fils Pierre, aujourd’hui commissaire européen aux Affaires économiques et financières, à la Fiscalité et à l’Union douanière après avoir été plusieurs fois ministre dans des gouvernements de gauche.

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J’emprunterai ma conclusion à Brice Lalonde, qui, comme Jean-Paul Ribes, m’a demandé de vous dire qu’il regrettait de ne pouvoir participer à ce colloque : « Il trouvait dans l’écologisme naissant, non seulement une de ces minorités actives qui sont les vrais acteurs du changement, mais tout particulièrement la résurgence d’une rébellion cheminant à travers l’histoire qui cherche à vivifier les sociétés humaines en se fondant sur la compréhension de la nature. C’est une grande chance pour les écologistes de l’avoir côtoyé, d’avoir bénéficié de son engagement et de ses conseils. Et toute la question aujourd’hui est d’être fidèle à la force de son message : rester rebelle. Car, plus que jamais, le monde a besoin d’écologie. »

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Pour en savoir plus et notamment visionner un entretien vidéo de Serge Moscovici avec l’ethnologue Pascal Dibie, qui était parmi les organisateurs de ce colloque : https://remosco.hypotheses.org/

Entre témoignage, engagement et rapports de force, les objectifs des candidatures écologistes aux élections présidentielles de 1974 à 2012

Au fil des années, les objectifs visés par la présentation d’un candidat écologiste à l’élection présidentielle ont considérablement évolué. Cet article cherche à livrer quelques éléments de réflexion sur ce point précis, sans prétendre esquisser une analyse détaillée des résultats électoraux des candidats écologistes aux présidentielles de 1974 à 2012 (qui exigerait de prendre en compte non seulement les pourcentages, mais aussi les nombres de suffrages obtenus).

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En 1974, le but de l’Association des journalistes pour la nature et l’environnement (AJEPNE, devenue aujourd’hui JNE), des Amis de la Terre et d’autres associations qui font appel à l’agronome René Dumont pour être leur candidat à l’élection présidentielle est de profiter de la tribune offerte par la campagne électorale (alors égalitaire entre « grands » et « petits » candidats) pour porter auprès du grand public les idées de base de l’écologie. D’où le choix de présenter ce scientifique qui, sans être un « écolo » historique (il a longtemps défendu la « révolution verte » très critiquée pour ses conséquences sur l’environnement), a publié en 1973 un livre au titre évocateur, L’Utopie ou la mort (éditions Seuil), et a été invité dans plusieurs émissions télévisées pour le présenter. René Dumont s’est aussi imposé du fait du refus d’autres personnalités comme Théodore Monod ou Philippe Saint-Marc, contactées par les associations, et du fait que l’unique autre « candidat à la candidature » écologiste, Charles Loriant, défend les thèses contestées (et peu connues à l’époque au sein de la mouvance écologiste) du mouvement pour l’économie distributive, au sein duquel René Dumont a (pour la petite histoire) milité dans sa jeunesse (lire ici l’article de Dominique Allan-Michaud sur le revenu universel, dont Jacques Duboin, fondateur du mouvement pour l’économie distributive, fut l’un des pionniers ).

Le choix de René Dumont, défenseur historique des pays du « Sud » et auteur du classique L’Afrique noire est mal partie (éditions Seuil), a aussi le mérite de placer la candidature écologiste dans une perspective tiers-mondiste, et de se démarquer ainsi des clichés sur « l’environnement, luxe pour riches ». La candidature Dumont est donc une candidature de témoignage, qui lance l’alarme sur la pollution de l’air et de l’eau (l’image du prof au pull rouge buvant son verre d’eau est passée à la postérité), le risque nucléaire, la destruction de la nature, la pression démographique… Les solutions et les moyens de transition ne sont évoqués qu’en creux.

En 1981, à l’issue d’une élection primaire ouverte (une première en France, totalement oubliée par les commentateurs lorsque le Parti socialiste puis le parti Les Républicains adopteront cette formule), les partisans d’une nouvelle candidature de témoignage, regroupés autour de Philippe Lebreton, naturaliste réputé et collaborateur de la Gueule Ouverte sous le pseudonyme du Professeur Mollo-Mollo, sont battus de peu (et à l’issue d’un scrutin contesté) par ceux d’une candidature d’« engagement » qui ont choisi Brice Lalonde – alors figure de proue des Amis de la Terre – comme porte-drapeau. Tout en rappelant les grands thèmes de l’écologie, la campagne Lalonde se focalise sur les voies du changement, esquissées dans le programme Le Pouvoir de vivre publié par les éditions de la Surienne de Jean-Luc Burgunder, fondateur du magazine Ecologie. Mais son objectif est aussi de faire pression sur les deux candidats du second tour en plaçant au centre du débat un certain nombre de mesures d’urgence, applicables immédiatement par le futur élu. Le président Mitterrand en réalisera quelques-unes, comme la légalisation des radios libres ou l’abandon du camp militaire du Larzac et du projet de centrale nucléaire à Plogoff, mais enterrera la plus importante d’entre elles, à savoir un moratoire sur les centrales nucléaires, couplé avec l’organisation d’un grand débat public et contradictoire sur l’énergie. La démarche originale de Brice Lalonde a toutefois recueilli un certain intérêt chez les électeurs, puisqu’il triple presque son score par rapport à celui de René Dumont.

En 1988, la candidature d’Antoine Waechter, figure peu charismatique mais fin connaisseur des dossiers de protection de la nature et d’écologie planétaire, marque le retour à une démarche de « témoignage ». Le candidat des Verts (créés en 1984) obtient le même score que Lalonde sept ans auparavant, soit 3,88 %, malgré la concurrence de Pierre Juquin, porte-drapeau d’un mouvement où cohabitent d’anciens membres du PCF, des trotskistes, des écologistes et des inorganisés, qui obtient 2,1 % des voix.

A partir de 1995, les Verts, au sein desquels la tendance de « gauche » d’Yves Cochet et Dominique Voynet a supplanté celle menée par Antoine Waechter sur la ligne « ni droite ni gauche », cherchent surtout à « peser » lors des élections présidentielles afin d’obtenir un rapport de forces le plus favorable possible dans leurs négociations avec le Parti socialiste en vue de leur entrée au Parlement et au gouvernement (qui sera effective à l’issue des élections législatives de 1997). Les 3,31 % récoltés par Dominique Voynet à la présidentielle de 1995 joueront ainsi un rôle non négligeable dans son entrée au gouvernement deux ans plus tard.

En 2002, la volonté de « peser » marche paradoxalement trop bien, car, grâce au choix du très médiatique Noël Mamère, ancien présentateur de télévision qui fut l’élève de Jacques Ellul (et repêché en dépit de la victoire de son concurrent Alain Lipietz lors d’une élection primaire au sein des Verts), et malgré la candidature rivale de l’avocate Corinne Lepage, ancienne ministre de l’Environnement de Jacques Chirac (qui récolte 1,88 % des suffrages), les Verts obtiennent le meilleur score de l’histoire des candidatures écologistes : 5,33 %. Un bon résultat qui, s’additionnant aux suffrages obtenus par Jean-Pierre Chevènement et Christiane Taubira, a l’effet pervers de contribuer à empêcher le Premier ministre Lionel Jospin, candidat socialiste, d’accéder au second tour.
En 2007 et 2012, les motivations des candidatures de Dominique Voynet et Eva Joly ne sont guère comprises des électeurs, puisqu’elles obtiennent les scores modestes de 1,57 % pour l’une (José Bové ayant pour sa part recueilli 1,32 % des suffrages exprimés) et 2,31 % pour l’autre, alors que René Dumont avait déjà récolté 1,33 % des voix en 1974.

En 2012, la candidature de Nicolas Hulot, rejetée par EELV (Europe-Ecologie-les Verts) au profit de celle d’Eva Joly, aurait pourtant permis de réconcilier les traditions de « témoignage » (grâce à sa grande connaissance des enjeux planétaires de l’écologie) et d’ « engagement » (à travers sa défense des mesures du Pacte écologique signé par la plupart des candidats en 2007).

Laurent Samuel
Ancien animateur des campagnes de René Dumont en 1974 et de Brice Lalonde en 1981. Ancien responsable des Amis de la Terre. Vice-président des JNE. Secrétaire général du RME.

A lire sur le sujet : L’écologie à l’épreuve du pouvoir (Un avenir peint en vert pour la France ?) de Michel Sourrouille, éditions Sang de la Terre, 370 pages, 19 euros
http://biosphere.ouvaton.org/bibliotheque-2014-et/3147-2016-l-ecologie-a-l-epreuve-du-pouvoir-un-avenir-peint-en-vert-pour-la-france-de-michel-sourrouille

Le revenu universel dans la présidentielle de 2017 : une vieille histoire, de Duboin à Hamon en passant par les Verts

par Dominique Allan Michaud

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Marquant la candidature de Benoît Hamon aux primaires de la « belle alliance populaire » pour l’élection présidentielle de 2017, la proposition de revenu universel aura suscité chez les commentateurs trois sortes de réactions : cette idée est rejetée, pour son origine, loin dans le passé ; pour sa conception, loin dans la chimère ; pour sa crédibilité, loin dans le futur ; et pour son expérimentation, loin dans l’oubli.

Pour la projection de cette idée dans le présent, il y a le projet de Benoît Hamon : mais sa réalisation le rejetterait dans un futur proche, à l’échelle d’un quinquennat, et même dans un premier temps il ne s’agirait pas du tout de revenu universel inconditionnel, mais de revenu minimum conditionnel ; plus exactement, il s’agirait du RSA déjà en vigueur, un peu revalorisé dès 2018 (de 10 %), étendu aux jeunes de 18 à 25 ans, et faisant l’objet d’une attribution automatique (ce qui n’est pas le cas dans la mouture actuelle). Et dans la première quinzaine de mars 2017, sera ajouté un complément salarial pour les travailleurs percevant jusqu’à 1,9 Smic (complément de 200 € à un smic, de 400 € à un demi-Smic).

Quant au revenu à proprement parler universel, il deviendrait le sujet d’une grande conférence des partenaires sociaux afin qu’il soit discuté d’une éventuelle généralisation, et des modalités et coûts de celle-ci, à tous les citoyens, jeunes ou âgés, pauvres ou riches. Pourquoi tarder ? D’abord parce que le candidat du PS, vainqueur de Manuel Valls dans la primaire, doit rassembler les partisans de son adversaire malheureux, et que celui-ci n’envisageait pas de revenu garanti, au-delà d’une fusion des actuelles allocations minimales, et de petites expériences locales comme celle lancée en Gironde en 2016. Ce sont des élus du PS qui estiment que le revenu universel est une idée pour le futur, pas avant cinquante ans…

Cette oscillation entre revenu minimum conditionnel et revenu universel, marque toute une réflexion qui n’est pas nouvelle et s’est accompagnée d’expériences, de débats, de commissions, d’études et de projets de loi : aux Etats-Unis, des débats et projets sur l’impôt négatif vers 1965-1966, une commission d’étude créée en janvier 1967 par le président Johnson, un projet de loi présenté en août 1969 par le président Nixon, des expériences qui auraient coûté des millions de dollars de 1968 à 1972, les principales ayant été complétées par des expériences complémentaires lancées en 1973, expérimentation qui n’aurait été arrêtée qu’en 1980. Il ne s’agissait que d’un « plancher de revenu », et après un deuxième projet de Nixon voté par le congrès et refusé par le Sénat (1971-1972), les lendemains de ces initiatives furent limités à un revenu minimum garanti pour certaines catégories de populations défavorisées, voté en 1972, appliqué en 1974. Toutefois, l’échec de Richard Nixon avait débouché sur le projet d’une allocation réellement universelle, présenté à l’élection présidentielle de 1972 par le candidat démocrate, George McGovern : un revenu universel inconditionnel aux effets limités par l’impôt sur le revenu. Cette candidature ayant échoué, le seul exemple avancé par des essayistes de revenu inconditionnel aux Etats-Unis serait celui de l’Alaska depuis 1982 : indexé sur les revenus pétroliers, et non universel concernant un seul Etat.

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LE DISTRIBUTISME DE
JACQUES DUBOIN

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Jacques Duboin – photo AED

De cet ensemble des années 1960-1970, il n’a pas été question dans les commentaires sur le projet de Benoît Hamon ; n’était pas cité non plus le livre de Lionel Stoléru qui en a rendu compte (1977), ni celui de Baptiste Mylondo qui en prolonge les très riches réflexions et analyses, avec d’autres exemples (2010). Ces deux ouvrages faisaient également allusion à un exemple britannique de 1795 à Speenhamland (relié par Mylondo aux idées de Thomas Paine), avec des indications imprécises et d’ailleurs différentes. Ces essayistes oubliés avaient également en commun… d’avoir oublié eux-mêmes un ancêtre non négligeable des idées en question : Jacques Duboin (1878-1976), député radical-socialiste de Haute-Savoie (1921-1928), et du 23 juin au 18 juillet 1926 dans un gouvernement dirigé par Aristide Briand, éphémère sous-secrétaire d’Etat chargé du Trésor auprès de Joseph Caillaux, à la vice-présidence et aux Finances. Jacques Duboin en restera marqué, et déçu.

Cela se comprend : c’était à un moment clé de crise financière, où il aurait fallu solder des conséquences de la guerre de 14-18 ; un moment de crise où se combinaient avis d’experts, spéculations monétaires, défiances parlementaires ; un moment de crise où s’affrontaient légitimité des représentants du suffrage universel ( l’Assemblée nationale) et légitimité des spécialistes de l’économie (le « Comité des experts » créé le 25 mai 1926 par Briand pour répondre à la crise des changes) ; un moment de crise où se conjuguaient contradictions de la gauche et conservatisme de la droite. C’était la fin du Cartel des gauches au pouvoir (le vainqueur de 1924), avec une crise interne au Parti radical qui le dominait ; et le dernier gouvernement dirigé par le président du Parti radical Edouard Herriot, après que celui-ci eut fait chuter le précédent gouvernement en lui refusant les pleins pouvoirs financiers, s’effondrera en trois jours (19-21 juillet 1926), les parlementaires radicaux rejoignant la droite et les socialistes l’opposition. Il y aura glissement à droite de la chambre, concrétisé par le gouvernement d’union nationale de Raymond Poincaré (23 juillet 1926). Ce moment sera la source d’un antiparlementarisme, auquel s’ajoutera selon certains un antitechnocratisme.

La déception de Jacques Duboin se conçoit, comme son retrait de la vie politique partisane (après sa défaite aux législatives de 1928) ; et se conçoit aussi son choix de se consacrer à une pédagogie économique des citoyens par la vie associative, avec des groupes de militants appuyés par une revue et des livres ; c’est lui qui, dans les années 1920-1940, aura esquissé les contours d’une société où les progrès techniques réduiraient la durée du travail, où la machine ferait l’objet d’une imposition fiscale (avant Benoît Hamon !), où chacun recevrait un « revenu que l’Etat lui alloue du premier jour à son dernier jour », en contrepartie d’un « service social » « à tour de rôle et pendant un petit nombre d’années seulement ». (Ultérieurement sa fille Marie-Louise Duboin parlera de « contrat civique » au lieu de « service social ».)

Après avoir publié en 1931 l’ouvrage intitulé Nous faisons fausse route, Duboin avait créé la Ligue pour le travail et le progrès social, suivie quelques mois après, en octobre 1935, par son journal bimensuel, La Grande Relève des hommes par la Science. La Ligue se verra succéder en 1945 le Mouvement français pour l’abondance ; il y aura aussi des Groupes de salariés pour l’économie distributive. Ce courant abondanciste des distributistes se prolongera ; ayant cherché à pénétrer le mouvement écologiste naissant, le militant du Mouvement français pour l’abondance Charles Loriant eut l’occasion de s’exprimer dans La Gueule Ouverte du début des années 70. Et Antoine Waechter, candidat à l’élection présidentielle de 1988, écrivit alors (et me le confirmera de vive voix) que dans l’évolution de militants venus comme lui de la protection de la nature, une formation à l’économie avait été le fait des distributistes. René Dumont lui-même, candidat des écologistes à l’élection présidentielle de 1974, avait participé aux origines de ce courant, membre de son Groupe Dynamo et auteur dans la collection du même nom de l’ouvrage Misère ou prospérité paysanne ?, préfacé par Jaques Duboin (avril 1936). Le moins curieux de cette élection de 1974, n’aura pas été que Charles Loriant y fut un candidat malheureux à la candidature… et que ce fut Jacques Chaban-Delmas qui y proposerait un revenu minimum garanti (absent du programme de son parti, le RPR). Autre curiosité, un ancien de La Gueule Ouverte, Jean-Paul Lambert, redécouvrira le revenu garanti de Duboin… en 1995-1996, et se proposera de « renouveler l’argumentaire distributiste » avec l’écologisme, autour de la réflexion sur les usages. Aujourd’hui, l’Association pour l’économie distributive poursuit la tâche avec son journal La Grande Relève (11 numéros par an) et son site economiedistributive.fr, animée depuis 1976 par Marie-Louise Duboin.

DU MOUVEMENT ECOLOGIQUE
AU PARTI DES VERTS

Couv StoleruLe Mouvement Ecologique, association issue en 1974 de la candidature Dumont, allait dans les « Analyses et orientations pour les élections municipales de mars 1977 », publiées sous forme de numéro hors série de sa revue Action Ecologique, préconiser « l’instauration d’un revenu social minimum », « dans tous les cas de non-emploi » (chômage, vieillesse, maladie). Bizarrement, ce numéro spécial était sorti avant l’édition dans la collection Champs Flammarion, au cours du deuxième trimestre de 1977, de l’ouvrage où Lionel Stoléru faisait le point sur les diverses formes de l’impôt négatif. Etrangement aussi, cet ouvrage de fond ne sera pas cité au moment des primaires pour la présidentielle de 2017, alors que le décès de son auteur, le 30 novembre 2016, avait été suivi d’hommages dont celui dans Les Echos de Gaspard Koenig à « Lionel Stoléru, l’homme du revenu universel » ; étrangement encore, le chroniqueur, citant une première édition du livre, en 1974 (laquelle serait passée sous silence par l’édition de 1977), allait prétendre de façon plus qu’exagérée que « Lionel Stoléru a pour ainsi dire importé le revenu universel en France ». Notre propre hommage était un peu plus précis : « En tant que secrétaire d’Etat chargé du Plan (1988-1991), auprès du premier ministre Michel Rocard, il avait été partie prenante dans la création du revenu minimum d’insertion (RMI). C’était à la fois une suite de ses analyses sur l’impôt négatif et diverses formes de revenus conditionnels, et une forme très amoindrie du revenu social garanti prôné par les écologistes français depuis une dizaine d’années. » C’était la loi du 1er décembre 1988, et le RMI relevait plutôt de ce que Stoléru avait qualifié de « premier schéma, trop simpliste », de l’impôt négatif (1977). Il faut rappeler que certains écologistes avaient rejoint Michel Rocard sous la présidence Mitterrand, ce qui a pu contribuer à l’évolution. (Le Parlement italien adoptera le 9 mars 2017 une formule proche du RMI : le REI, revenu d’inclusion, d’un montant de 480 € mensuels.)

S’agissant d’un « revenu social minimum », les écologistes n’ont pas renoncé à cette idée de 1977 à 1988 (orientations des Verts pour l’élection présidentielle), et elle se retrouvera avec le « revenu d’existence » de Yannick Jadot en 2017. Est-ce la même chose ? Le programme politique des Verts en 2002 parlait de « changer le travail », de « déconnecter en partie le revenu du travail, dans le sens d’un revenu garanti », en additionnant les formules : « revenu général de base », « revenu garanti », « revenu de citoyenneté », « vrai revenu garanti (revenu garanti en échange d’une activité socialement utile) » : on pense au « service social » de Duboin. Et la conclusion n’est pas sans faire penser à la grande conférence de Hamon : « La création (… ) d’un vrai revenu garanti (…) pose de très importantes questions sur l’organisation de notre société. Elle devrait faire l’objet d’un grand débat national impliquant les syndicats, les associations et tous les citoyens. » Dix ans après, en 2012, le « programme d’actions pour les temps qui viennent » n’évoque plus de « service social », et va loin dans l’inconditionnalité, dans l’universalité… ainsi que dans le coût, avec pour seules notes de prudence l’expression « à terme », et la revendication d’une « expérimentation systématique par l’Etat en lien avec des collectivités territoriales volontaires » (en vue d’un débat ?) : le projet est celui de « l’instauration d’un revenu universel inconditionnel individuel consistant à garantir à chaque citoyen-n-e un revenu décent à hauteur de 80 % du SMIC ». Dans le monde de l’écologisme il y a des désaccords, certains sont contre comme le journal La Décroissance, et le compagnon de route que fut André Gorz/Michel Bosquet avait peiné à concevoir un revenu garanti… garanti de gauche. Un refus et une hésitation à rapprocher des réticences de l’extrême gauche à l’égard d’une vision assimilée au libéralisme (Parti de gauche, Nouveau parti anticapitaliste). Critique plus fine, le revenu universel sera défini par Jean-Luc Mélenchon comme une « idée brillante » au départ, et « à l’arrivée 50 000 façons d’être appliquée » (débat télévisé du 20 mars 2017, TF1/LCI). Il est vrai que les candidats du libéralisme à l’élection présidentielle française de 2017 n’avaient pas semblé enthousiasmés ; ce qu’avait promis Emmanuel Macron dans un programme aussi dispendieux (sinon plus) que celui de Benoît Hamon n’est pas du même ordre : une assurance-chômage généralisée, ou universelle selon le mot de Gaspard Koenig la dénigrant comme plus aliénante pour le travailleur, qu’elle pourrait selon lui empêcher de « s’affranchir de la bureaucratie et du contrôle d’Etat » (Les Echos, 1er mars 2017).

Baptiste Mylondo, dans son étude de 2010 déjà citée, évoquait un choix de « revenu minimum inconditionnel » du député Vert Yves Cochet « depuis quelques années », sans rechercher d’autres versions pour le même parlementaire (en mars 1986 avec Alain Lipietz, un revenu complémentaire pour les chômeurs dans le cas de travaux d’intérêt public) ; et il se contentait de signaler la présence d’un « revenu inconditionnel d’existence » de 817 € par adulte dans le programme d’Europe Ecologie- Les Verts « lors des dernières élections européennes » (2009). Le soutien écologiste à l’idée d’un revenu garanti ne s’est pas démenti depuis 1977, même si sa définition, son montant et ses modalités d’attribution ont pu évoluer ; dans la primaire pour l’élection présidentielle de 2017, le montant différait selon les candidats : 524 € mensuels pour Yannick Jadot, entre 800 € et 1000 € pour Michèle Rivasi, mais il s’agirait dans le premier cas d’un revenu de complément, et dans le deuxième d’un revenu de substitution. Dans le programme du vainqueur, il s’agira d’un revenu universel de base « dès la naissance », cumulable avec d’autres revenus y compris salariaux.

Des journalistes ont imaginé que cette idée était peu « classique » dans un programme écologiste, et « dans la lignée du socialiste Benoît Hamon ». Sur son site revenudebase.info, le Mouvement français pour un revenu de base souligne l’ancienneté de l’inscription d’un tel revenu dans le programme écologiste, mais ne la fait pas remonter au-delà des élections européennes de 2009 et de l’élection présidentielle de 2007. (Le MFRB est de création assez récente, en mars 2013, à l’occasion de l’initiative citoyenne européenne pour le revenu de base.) La date de 2007 est aussi retenue dans l’article sur le sujet d’un Dictionnaire de la pensée écologique (2015), article dont l’auteur ignore tout de la façon dont ces idées sont venues aux écologistes. (Ce dictionnaire des Puf dirigé par Bourg et Papaux abonde d’ailleurs en approximations, erreurs et oublis dans un champ mal défini.)

A propos des autres partis politiques, il n’y avait pas plus de recherche historique chez Mylondo, et seuls le Parti chrétien démocrate avec un faible « dividende universel » de 300 €, et le parti Alternatives Libérales avec un « revenu d’existence » de 500 € par adulte et 100 € par mineur, étaient cités.

L’évolution des partis politiques français a été nette sur le sujet, certes avec beaucoup de retard par rapport aux écologistes, aux Verts, évolution en faveur d’un revenu minimum avec quelques différences de conditions, constatée au moment de la campagne électorale pour l’élection présidentielle de 1988, de la droite jusqu’à l’extrême gauche (mais sans l’extrême droite). Une proposition de loi du PS avait été déposée à ce sujet, en décembre 1987, et dès 1985-1986 diverses expériences locales avaient été lancées (Allan Michaud, 1989, 2010).

C’est dire que l’idée d’un revenu minimum, et même au-delà, avait bien progressé quand Benoît Hamon annonça pour sa campagne de 2017 un principe d’inconditionnalité, d’universalité pour un tel revenu (principe absent du programme du PS). Le concert de réactions de stupéfaction qui s’ensuivit aurait pu faire penser que l’idée était neuve, véritable coup de tonnerre dans un ciel électoral serein : il n’en était rien, et curieusement une telle réaction était disproportionnée car depuis 2011, le débat sur la question était allé s’amplifiant, à force d’articles, de discussions, d’amendements parlementaires (Delphine Batho pour le PS, Frédéric Lefebvre pour l’UMP, en janvier 2016), et même de référendum local en Suisse en juin 2016 (avec 77 % d’opposition), d’expériences diverses en France et à l’étranger (1000 € mensuel pour 2000 personnes pendant deux ans en Finlande à compter de janvier 2017). L’idée, désormais à la mode ou presque dans la classe politique, suscitait d’ailleurs des informations plus ou moins approximatives, comme de faire prendre pour premier revenu universel la distribution de céréales aux citoyens romains de l’Antiquité, ou comme de faire penser que le revenu universel est généralisé aux Etats-Unis.

QUEL REVENU ENVISAGER ?

Le revenu envisagé aura eu toutes sortes d’appellations (dans un ordre aléatoire) : impôt négatif, salaire social, dividende national, plancher de revenu, revenu minimum garanti, crédit social, revenu complémentaire, complément salarial, revenu de substitution, revenu d’existence, revenu social garanti, revenu de base, revenu social minimum, allocation universelle, revenu universel… Il aura intéressé, de Friedman à Galbraith en passant par Tobin, et bien d’autres. Il n’est pas question de répertorier tous les noms de penseurs passés ou présents, ni toutes les caractéristiques possibles ni les expérimentations menées, locales ou nationales, passées, en cours ou en projet : il suffira ici de mentionner que le thème est bien documenté dans sa totalité, et que les textes ne manquent pas pour qui voudrait étudier sérieusement la question. Les diverses formules peuvent être ramenées à plusieurs types de politiques, et la lutte contre la pauvreté a été et est toujours un axe essentiel, qui allait de pair chez Thomas More en 1516, avec la lutte contre la criminalité : un programme risquant d’être plutôt conservateur, avec une protection, une assistance sociale, si possible à moindre coût ; c’est une autre formule qui renvoie à une société qui ne soit plus basée sur un travail salarié obligé : avec une dissociation entre le travail et le revenu ; c’en est une troisième de lutter contre la fin du travail du fait de la concurrence des machines.

Les quelques réflexions de Benoît Hamon (à vrai dire un peu vagues) ne sont pas sans faire penser à une sorte de rapprochement de ces trois options. Il n’est pas étonnant qu’un « futur désirable » prenne plusieurs aspects, et on pourrait même envisager que l’universalité dans une version partiellement ou entièrement libérale, si elle supprimait toutes les aides sociales antérieures, pourrait faire de même avec les emplois des fonctionnaires chargés de les répartir : ce qui pourrait permettre d’atteindre et peut-être même de dépasser, l’objectif d’économies budgétaires passant par la suppression de centaine de milliers d’emplois du candidat de la droite. Ce qui serait à mettre en rapport avec la « menace » d’un coût supplémentaire supposé de trois voire quatre cents milliards d’euros annuels de revenu universel alloué à tous, riches comme pauvres. Une telle somme est atteinte par une simple multiplication, celle d’un nombre d’individus par le montant mensuel de 600 € du projet Hamon. Ce calcul simpliste ne tient aucun compte des économies que l’on peut escompter du côté des emplois supprimés dans les services sociaux, ni des rentrées d’argent que l’on peut attendre de l’augmentation mécanique des impôts sur le revenu des classes moyennes et supérieures. Le dispositif est d’ailleurs susceptible d’améliorations, et le projet de Gaspard Koenig limitant l’attribution du revenu aux gens gagnant moins de 2000 €, ne remettant pas en cause les allocations de chômage ni les retraites ni les aides au logement, projet qualifié de « système modeste et réaliste », serait à en croire son auteur d’un coût annuel de 100 milliards d’euros. Il ne s’agirait toutefois plus de revenu universel inconditionnel. Les thuriféraires de celui-ci semblent hésiter à franchir le pas, hésiter entre conditionnel et inconditionnel ; et l’économiste chargée du projet dans l’équipe de Benoît Hamon, Julia Cagé, de préciser : « Cela n’aurait pas de sens de donner à Liliane Bettencourt 600 € pour (les) lui reprendre de l’autre main par une hausse d’impôts » (Les Echos, 7 mars 2017). Curieuse remarque (même si l’atmosphère d’une période électorale peut l’expliquer) : tout au contraire, c’est ce qui donnerait tout son sens à la philosophie du revenu universel attribuable de façon inconditionnelle à tout être humain.

C’est dire qu’il y aura encore matière à bien des réflexions, bien des projets, bien des débats, bien des expériences, avant d’arriver à la définition et encore plus à l’application d’un revenu universel ou non, conditionnel ou non, mais satisfaisant d’un point de vue à la fois budgétaire et humain. Encore faudrait-il ne pas oublier toutes les connaissances, toutes les conclusions de tous les travaux, théoriques et pratiques, que l’humanité a voulu consacrer à cette question.

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D. A. M.

(26/02/2017
et 28/03/2017)

Bibliographie

ALLAN MICHAUD (Dominique), L’Avenir de la société alternative (Les idées 1968-1990…), Paris, L’Harmattan, 1989 ; e-book, 2010.
LAMBERT (Jean-Paul), Le Socialisme distributiste (Jacques Duboin, 1878-1976, présentation et choix de textes) ; Le Distributisme éthique et politique (La grande relève de la machine par les hommes) ; Ecologie et distributisme (La planète des usagers), Paris, L’Harmattan, mars, octobre et novembre 1998.
MYLONDO (Baptiste), Un Revenu pour tous ! (Précis d’utopie réaliste), Paris, Utopia, 2010. (A noter une intéressante bibliographie, malgré l’absence des ouvrages de Duboin, Lambert et Stoléru.)
STOLERU (Lionel), Vaincre La Pauvreté dans les pays riches, Paris, Flammarion, 1974 ; collection Champs Flammarion, 2ème trimestre 1977. (Le copyright est de 1977, sans aucune référence du livre à une première impression en 1974.)

Bonjour et adieu monsieur Bechmann

Roland Bechmann, fondateur de la revue Aménagement et Nature (créée en 1964), est mort le 25 janvier 2017. Dominique Allan-Michaud lui rend hommage au nom du RME.

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Un colloque sur la vie et l’oeuvre de Serge Moscovici les 16 et 17 mars 2017 à la Maison de l’Amérique Latine

Par la voix de son secrétaire général, Laurent Samuel, le Réseau Mémoire de l’Environnement (RME) sera présent à un colloque sur la vie et l’oeuvre de Serge Moscovici, qui a lieu les 16 et 17 mars 2017 à la Maison de l’Amérique Latine.

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Vous pouvez cliquer sur ce lien pour accéder au programme détaillé de ce colloque et vous y inscrire.

Le RME avait rendu hommage à Serge Moscovici et à un autre illustre pionnier de l’écologisme, Alexandre Grothendieck, peu après leur mort presque simultanée en novembre 2014, dans un texte que vous pouvez lire ou relire en cliquant ici.

Des liens pour consulter des livres – L’Homme et la Biosphère : un programme de l’Unesco

Dans le cadre de ses partenariats, le RME peut proposer des liens pour contribuer à faire connaître des fonds présentant un intérêt particulier du point de vue historique. C’est ainsi qu’il permet d’accéder au catalogue d’un fonds documentaire détenu par la Bibliothèque des sciences de la Terre et de l’environnement de la grande école Mines ParisTech à Fontainebleau (77).
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Voici la liste des documents du MAB répertoriés par cette Bibliothèque :
https://rocks.mines-paristech.fr/cgi-bin/koha/opac-shelves.pl?op=view&shelfnumber=405

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Ce fonds est consacré à un programme de l’Unesco lancé au début des années 1970, le programme MAB (Man and Biosphere). Le but en était de mettre en réserve des éléments importants de ce qui sera appelé plus tard la biodiversité : protéger des réserves de biosphère, indispensables à la vie humaine comme le fait entendre le titre du programme.

Ce sont 2000 documents qui sont consultables à Fontainebleau, la plupart référencés pour en faciliter l’accès aux chercheurs intéressés.

Bibliothèque des sciences de la Terre et de l’environnement, Mines ParisTech, 38 rue Saint-Honoré, 77300 Fontainebleau.

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