Archives Mensuelles: février 2012

« A boire et à manger pour Eva » : un article de Jean-Luc Porquet sur la campagne Dumont dans « le Canard »

Dans le Canard Enchaîné du 1er février 2012, Jean-Luc Porquet nous convie à un retour sur la campagne présidentielle de René Dumont en 1974.

Ci-dessous, son article, qu’il nous a permis de reproduire. Précision : Brice Lalonde et Georges Krassovky n’étaient pas les seuls à être allés chercher Dumont à Orly. Pierre et Laurent Samuel, ainsi que Jean Carlier, étaient également présents.

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Le décès de Josette Benard, pionnière de l’écologie en France

par Laurent SAMUEL

 

Après Gilbert Simon la semaine dernière, c’est une autre figure respectée de l’écologie en France, Josette Benard, qui vient de disparaître.

 

Josette Benard – D.R.

Josette Benard est morte le mercredi 6 février. Elle était âgée de 82 ans. Dès 1968, cette agrégée de biologie avait fondé le Crepan (Comité Régional d’Étude pour la Protection et l’Aménagement de la Nature en Basse-Normandie), qui avait lutté contre les rejets de phosphogypse en Baie de Seine, et dont elle était toujours Présidente d’honneur. Josette fut aussi l’un des membres fondateurs et l’un des piliers de France Nature Environnement (FNE).

Cette militante de « terrain » s’était également investie en politique. Elle fut ainsi conseillère municipale de Caen, et, de 1992 à 1998, conseillère régionale Génération Ecologie de Basse-Normandie.

Tous ceux qui la connaissaient appréciaient sa compétence, sa ténacité, son désintéressement… et son sens de l’humour.

Les obsèques de Josette Benard seront célébrées samedi 11 février, à 10 h, à l’abbatiale Saint-Etienne, à Caen.

Le RME adresse ses condoléances à sa famille et à ses proches.

Ci-dessous, le faire-part paru dans le Monde du 10 février 2012.

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Cet article est aussi paru sur le site des JNE et sur le Blog Planète de Laurent Samuel.

Présidentielle 2012 : plus de 37 % pour l’écologiste au 2e tour !

par Dominique ALLAN MICHAUD

« Eva Joly disparaît des radars de la présidentielle, l’écologie aussi » : ainsi titrait Le Monde des 29/30 janvier 2012 en première page. Les raisons avancées ? La crise économique, la personnalité de la candidate des Verts, et même le mécontentement des Français après la promesse non tenue de centaines de milliers d’emplois du Grenelle de l’environnement. On ne voit pas très bien le rapport, surtout dans le dernier cas (à moins de confondre Eva Joly avec Jean-Louis Borloo ?), après l’évidence (supposée) de la prise de conscience dictée par une crise écologique doublée d’une crise sociale et économique. Dans d’autres journaux, la personnalisation de la politique fait incriminer l’ancienne magistrate en lui reprochant son accent, ses lunettes, ses habits… Le souvenir semble s’être perdu d’une autre élection présidentielle où le candidat des Verts Antoine Waechter fut moqué tant et plus… jusqu’à un résultat inattendu (du moins pour les moqueurs).

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Les Français craindraient-ils que l’écologie, ou plutôt l’écologisme, conduise à la remise en cause de la société de consommation ? Diverses explications sont envisageables bien que non envisagées par les moyens d’information. Faut-il insister sur le fait que ces derniers présentent quasiment en permanence des preuves de la crise écologique (ce qui était autrefois la raison d’être de la presse militante) ? Il pourrait y avoir un effet de saturation, risque que nous évoquions déjà en 1979 dans Le Discours écologique. Ensuite on pourrait se demander si une cause de fluctuation de l’opinion ne pourrait avoir parmi ses origines la confusion qui règne dans le discours entre conservationnisme, environnementalisme, écologie et écologisme. Qui explique de quoi il s’agit ? Pas même les Verts, et d’ailleurs le discours écologique lui-même a pu être fluctuant selon les époques, selon les circonstances : forcément moins riche dans un débat électoral largement tributaire des choix des autres partis. Pourtant la présence écologiste dans une campagne présidentielle ne vise pas réellement à l’élection, elle impose plutôt le témoignage et la pression. En fait la pression joue dans les deux sens, au détriment de l’écologisme.

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Serait-ce la fin de la mode écologiste ? Il y a déjà eu dans le passé de grandes périodes de mode écologiste : à la fin des années 60, des années 70, des années 80, des années 90. Toujours la mode est retombée, et l’écologisme a été renvoyé au cimetière des illusions perdues. La dernière mode, de la fin du 20ème siècle au début du 21ème siècle, a été jusqu’ici la plus longue. Certains la jugeaient « définitive » étant donné l’accélération et l’aggravation de la crise écologique, du fait notamment du changement climatique. Ne faut-il pas envisager l’hypothèse d’un amoindrissement voire d’une nouvelle fin pour la nouvelle mode, au lieu d’une prise de conscience ?
Le sentiment que l’écologisme « disparaît des radars de la présidentielle » est surtout basé sur le risque d’un résultat inférieur à 5 % des voix, comme il semble dans quelques sondages ; mais dans le système électoral 5 % des inscrits ne font pas 5 % des exprimés, le résultat en pourcentage étant en fait conditionné par le pourcentage des abstentions. Cela rend difficile toute prévision s’agissant du petit pourcentage d’un petit parti lequel peut selon l’importance de l’abstention, avoir 5 % ou 10 % des exprimés… avec le même nombre de votants. Il paraît banal de le répéter, mais un sondage n’est pas une élection (surtout quand on ignore les conditions du magique « redressement », avec la marge d’erreur d’autant plus grande que l’échantillon est petit).

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Ce n’est pas encore forcément la fin de la mode écologiste. Un chiffre frappant le fait penser, qui tranche sur les sondages précédemment évoqués : plus de 18 % pour l’écologiste qui, en deuxième position au premier tour, le sera encore au deuxième tour. Une remarque toutefois : ce n’est pas en France. Une autre remarque : ce n’est pas un sondage. C’est en Finlande que le candidat Vert sera au second tour de l’élection présidentielle, le 5 février 2012, ayant obtenu 18,8 % des suffrages au premier tour, le 22 janvier dernier, derrière le candidat conservateur (37 % des voix). Autre résultat marquant de ce scrutin, le candidat populiste, « eurosceptique » et « anti-immigrés » comme on dit, du Parti des Finlandais, n’a obtenu que 9,4 % des voix contre 19,1 % aux législatives d’avril 2011. Curieusement cette information n’a guère été diffusée : on pouvait la trouver dans les dix lignes publiées par Le Monde daté du 24 janvier 2012 en bas de sa page 6. Que ceux qui l’auraient trouvée ailleurs le signalent. Heureusement les médias frappés par l’intérêt de ce double résultat, de l’écologisme et de l’extrême droite, alors qu’ils ne cessent de nous parler de la faiblesse du premier et de la force grandissante de la seconde, ont sans doute dépêché en Finlande leurs meilleurs envoyés spéciaux afin d’éclairer les Français sur cette anomalie avant la présidentielle.

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Curieusement, ce peu d’importance accordé au résultat avait pourtant été précédé par un article plus long du Monde, dans son édition daté du 21 janvier. Signé Olivier Truc, apparemment le correspondant du journal à Stockholm, l’article insistait sur l’importance de ce « pays modèle » dans l’Union européenne, et sur son refus de contribuer au Fonds européen de stabilité financière (FESF) au-delà des 14 milliards d’euros prévus. En Finlande où « la crise de la zone euro aura largement dominé le débat », l’écologisme n’en a pas souffert.

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Revenons en France. Et répétons le titre déjà cité : « Eva Joly disparaît des radars de la présidentielle, l’écologie aussi. » Apparemment l’écologie, ou mieux l’écologisme, disparaît aussi des « radars » médiatiques dans le cas d’un succès qui est le premier au monde de ce genre pour un parti Vert : être au second tour d’une élection présidentielle.

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Une question se pose : les « radars » fonctionnent-ils bien ?

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(31 janvier 2012) SUITE (ET FIN ?) :

PLUS DE 37 % AU 2e TOUR

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Le 5 février 2012, les faits ont parlé : le candidat écologiste a obtenu 37,4 % des suffrages au second tour de l’élection présidentielle en Finlande. Il venait en deuxième position derrière le candidat conservateur élu avec 62,6 % des voix, Sauli Niinistö. Ce n’est pas une surprise, car nul ne s’attendait à voir sortir des urnes un président de la République Vert. La victoire écologiste, c’est ici le résultat du premier tour, l’accession au second tour, le pourcentage final : tous évènements inattendus.Comment les médias en ont-ils rendu compte, après les dépêches de l’AFP et de Reuters ? Presque aussi discrètement après le second tour qu’après le premier : un écho moins petit dans Le Monde, un article illustré d’une photographie dans Le Figaro, les deux en bas de page inférieure (7 et 6 février 2012). Les titres évoquent le succès du conservateur pour le premier, l’insuccès du populisme pour le second. Contrairement aux habitudes, les résultats du candidat en seconde position ne sont pas indiqués. Ces estimables quotidiens sont à la pointe de l’information, avec Arte journal et une brève annonce le 7 février à 19 h 45. Ailleurs on cherche sans rien trouver de notable, sauf sur Internet où on trouve de tout à profusion, y compris sur les élections en Finlande : un écho sur lepoint.fr par exemple, signalant «peu de différences» entre les deux candidats. Un énorme dossier sur la présidentielle de 2012, malheureusement dans ce qui semble une traduction approximative, est sur Wikipédia (avec les réserves d’usage). Les candidats à l’élection y sont présentés, dont Pekka Haavisto, parlementaire et ancien ministre de l’Environnement, ils le sont aussi dans un petit dossier bien fait sur electionseneurope.net.Bien sûr la Finlande c’est loin. Et son candidat Vert paraît bien loin d’Eva Joly, à en croire Le Figaro lequel veut prouver qu’il n’est pas « fondamentaliste » : « Durant la campagne, il n’a pas proposé de fermer les usines nucléaires, notamment la centrale de type EPR que construit l’industrie française (…). » Ce n’est pas impossible : outre le fait qu’on ne peut «fermer» une centrale qui ne fonctionne pas, et dont on se demande quand elle fonctionnera, du fait de retards multiples et de dépassements financiers démesurés (en milliards d’euros), ce ne serait pas de la responsabilité du président de la République de Finlande. Ce président paraît en effet loin de celui de la France quand on lit Le Monde : « En Finlande, le président a toutefois de moins en moins de pouvoir et son rôle ne concerne a priori que la politique étrangère, de préférence non européenne. » (Pourquoi « a priori » et « de préférence » ? A noter, que l’idée s’est exprimée dans la campagne électorale d’un renversement de la tendance à réduire le rôle présidentiel, mais qu’elle est restée minoritaire.)

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De toute façon la Finlande c’est loin. Revenons donc en France, et dans le passé, pour répondre à la demande de précisions de certains sur le « souvenir (perdu) d’une autre élection présidentielle » et sur son éventuel rapport avec le présent. Le Nouvel Observateur pose la question : « Eva Joly : Inexistante ? » (2 février 2012). Cela rappelle le « candidat non avenu » à la présidentielle de 1988, selon Le Canard enchaîné (17 février 1988), lequel le traitera plus tard de « Waechter minus ». Même la presse contestataire ne lui fit pas de cadeau, et dans Ecologie-Infos Cavanna, après avoir invité à voter Waechter, lui reprochera d’avoir « oublié le message en route », et d’avoir « tellement peur d’effrayer l’électeur moyen en lui parlant trop d’écologie qu’il ne lui en parle pas du tout » (mars 1988). Il est vrai que d’autres ne le jugeaient bon qu’à parler de nature. Accusé d’avoir le charisme d’une huître, ce porte-parole des Verts était présenté comme le négatif du populaire et médiatique Pierre Juquin, autre candidat que la presse vouait sur de pleines pages au plus grand succès : il allait obtenir 639 084 voix contre 1 149 642 à Antoine Waechter apparaissant soudain comme un pur génie politique.

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Ce n’est pas pour consoler Eva Joly, qui n’en entend pas tant et qui ne s’en sortira peut-être pas aussi bien (mais sait-on jamais ?) ; ni pour conseiller la prudence aux médias, ou à qui ce se soit. Chacun est bien libre de critiquer comme il l’entend un(e) candidat(e) écologiste, et d’ailleurs nul ne s’en prive. A tout prendre c’est peut-être moins grave qu’une pédante controverse sur « le recul actuel de l’hégémonie culturelle » de l’écologisme (Politis, 2 février 2012), car on ne voit pas quel recul pourrait connaître une hégémonie qui n’a jamais existé. A dire le vrai n’importe quel(e) candidat(e) souvent déplaît, comme si l’on attendait de l’écologiste une sorte de perfection. Et un autre phénomène se constate sur une période longue: c’est que les écologistes semblent considérés comme une espèce menacée. Remontons encore dans le passé avec quelques formules prises de-ci de-là. Le Nouvel Observateur, 2 janvier 1987 : « les écologistes ont disparu » ; Le Monde en mars 1986 : c’est « la plongée des écolos » ; Libération du 2 août 1978    sonnait le glas : c’était déjà le « véritable enterrement » de l’écologisme.

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L’ECOLOGISME ET LA PLANETE

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D’enterrement en enterrement, l’écologisme n’a cessé de mieux se porter : il est vrai que c’est le contraire de la planète. Peut-être qu’à force le « médecin » au chevet de celle-ci finit par irriter autant que la « maladie », avec un diagnostic et des remèdes pas forcément agréables. Sans doute le syndicalisme de l’environnement que représentent les associations, irrite-t-il moins que le parti politique qui en est issu. Ce dernier doit affronter d’autres « médecins »    qui    interprètent    autrement    certains    « symptômes »,   pointent    d’autres « maladies », défendent d’autres « traitements », dans un système électoral peu favorable aux petits partis en l’absence de proportionnelle, et dans un système de discours peu favorable au discours écologique (en partie scientifique).

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L’écologisme, historiquement venu le dernier et le plus tard en politique, paraît probablement encore un «accident» à nombre d’acteurs et d’observateurs (dont les journalistes ne sont que la partie la plus visible et donc la plus exposée aux critiques) ; et beaucoup s’attendent plus ou moins consciemment à ce que cette curiosité disparaisse un jour ou l’autre comme un épiphénomène, une fois les idées de l’écologisme intégrées, voire certains militants absorbés, par des partis traditionnels. Mais cet enterrement attendu n’est pas arrivé encore, et il n’est pas sûr qu’il arrive. Il y aura encore des poussées de « fièvre » écologiste, comme il y aura encore des rémissions, puis encore des rechutes : c’est aussi le jeu électoral, dont les résultats peuvent différer selon l’époque et le lieu. Mais dans l’attente de l’enterrement pourrait bien demeurer sous-jacent le sentiment que l’écologisme reste une anomalie, comme le fait entendre une formule prêtée au candidat Vert de Finlande : « Ce n’est pas mon homosexualité qui pose problème (…) mais mon appartenance au parti écologiste. »

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Dominique ALLAN MICHAUD
(7 février 2012)
Dominique ALLAN MICHAUD, président-fondateur du Réseau Mémoire de l’Environnement, est chercheur en sociologie politique (CNRS/ENS). Son ouvrage sur l’écologisme, L’Avenir de la société alternative, est réédité en e-book (éditions L’Harmattan, 2010).

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